Les vinca-alcaloïdes

UN PEU D’HISTOIRE…

LA SÉRENDIPITÉ....

La recherche de nouveaux remèdes contre le cancer décidèrent les chercheurs à s'intéresser aux plantes ayant un usage médicinal folklorique connu...
L'une des candidates les plus aptes au ramassage apparaissait être la feuille d'une herbacée tropicale poussant en abondance à Madagascar, la petite pervenche (Vinca rosea maintenant appelée Catharanthus roseus) .
Il faut savoir, qu’en 1510, les feuilles de pervenche étaient déjà utilisées comme antiseptique au Brésil !
Plus tard, à Madagascar, à la Jamaïque, aux Philippines, cette plante fut utilisée pour ses vertus hypoglycémiantes.
Une tisane, la Vinculin™, était commercialisée en Angleterre pour traiter le diabète.

CLARK NOBLE

C'est vers 1952 que ce médecin, en collaboration avec un biochimiste canadien, James Collips qui découvrit les propriétés anticancéreuses des alcaloïdes contenus dans les feuilles de cette plante. 

Le profil de ces molécules

LEUR MODE D’ACTION

Ce sont des vrais antimitotiques au sens strict du terme. Ils interviennent en empêchant la formation du fuseau chromatique qui permet la séparation des chromosomes au cours de la mitose. Ainsi, les cellules restent bloquées au stade de la mitose et ne peuvent pas se diviser.
Ces produits diffèrent essentiellement par leurs constantes pharmacologiques et par leur aptitude à diffuser dans les différents secteurs de l'organisme.

LEURS TOXICITÉS

Ils sont vésicants ce qui implique une surveillance de la perfusion pour parer une éventuelle extravasation.
Ils ont en commun une toxicité neurologique liée à leur action antitubuline (neuropathie des extrémités et digestive) et une toxicité hématologique (neutropénie).

LES PRINCIPALES UTILISATIONS

Les alcaloïdes de la pervenche sont généralement utilisés dans le traitement des hémopathies malignes, leucémie lymphoblastique aiguë, maladie de Hodgkin, lymphomes non-hodgkiniens et dans les tumeurs de l'enfant, neuroblastome et tumeur de Wilms (cancer du rein).
Ils sont aussi utilisés pour le traitement du cancer du poumon, du sein et du testicule.

Les produits anciens

LA VINCALEUCOBLASTINE (VELBE™) - 1957

En bref...

Découverte en 1957, c’est un alcaloïde de la pervenche Vinca Rosea Linn qui possède une action spécifique sur la mitose.
Elle est active par voie injectable à la dose de 6 à 8 mg/m² en perfusion de courte durée. Elle s'administre par voie intraveineuse stricte, dans la tubulure d'une perfusion, car elle irrite fortement ou détruit les tissus avec lesquels elle entre en contact.

En pratique

La vincaleucoblastine est prescrite dans le traitement des tumeurs à cellules germinales du testicule, la maladie de Hodgkin et les lymphomes, les cancers de la vessie, du sein et de l'ovaire
La principale toxicité de la vincaleucoblastine est hématologique, avec une diminution fréquente mais transitoire des globules blancs, parfois des plaquettes, rarement des globules rouges. Moins souvent que la vincristine ou la vindésine, la vinblastine présente une intolérance nerveuse (troubles des sensibilités des extrémités des membres), qui se corrige spontanément en quelques semaines après l'arrêt du traitement.

LA VINCRISTINE (ONCOVIN™) - 1961

C’est aussi un alcaloïde végétal, extrait de la feuille de pervenche. Elle a été isolée par Svoboda en 1961.
Elle est active par voie intraveineuse stricte à la dose de 1 à 1,4 mg/m². L’espacement minimal des injections est d’une semaine et le dosage est à moduler en cas d'insuffisance hépatique.

Son utilisation

Elle est prescrite dans le traitement des cancers de l'enfant, des hémopathies malignes (protocole CHOP O=Oncovin™), comme la leucémie aiguë lymphoïde, des lymphomes et de la maladie de Hodgkin.

Sa tolérance

La principale toxicité de la vincristine est neurologique et est dose-limitante. Il s’agit de troubles sensitifs des extrémités et d'une diminution des réflexes.
L'atteinte fréquente du système neurovégétatif est responsable de troubles digestifs, à type de constipation d'intensité variable.

LA VINDESINE (ELDISINE™)

C’est un dérivé semi-synthétique de la vinblastine actif par voie injectable.
La dose usuelle est de 2 à 3 mg/m² avec un espacement minimal des injections d’une semaine.

Ses indications

Cette molécule est utilisée dans le traitement des cancers bronchiques, surtout de type non à petites cellules, des cancers des voies aérodigestives, des cancers de l'œsophage ainsi que des cancers du sein. Elle est parfois prescrite comme médicament de recours pour le traitement des lymphomes réfractaires ou récidivants.

Sa tolérance

La toxicité de la vindésine est moindre que celle de la vincaleucoblastine pour le domaine hématologique et que la vincristine pour la toxicité neurologique, mais ces deux types de toxicité existent plus ou moins toujours. De ce fait, cela permet de l’utiliser chez les malades âgés.

Elle possède, cependant, une toxicité hématologique faite d’une diminution passagère et généralement modérée des polynucléaires, maximum 3 à 6 jours après l'injection.
Les complications neurologiques de la vindésine sont moins marquées que celles qui sont provoquées par la vincristine.
La toxicité veineuse et tissulaire en cas d'extravasation (sortie du médicament en dehors de la veine) de la vindésine oblige à recourir à une perfusion par voie veineuse stricte et à un rinçage de la veine après injection.

Les nouvelles molécules de cette classe

LA VINORELBINE (NAVELBINE™)

Son mode d’action

La vinorelbine est actif par voie injectable et orale. Son hémisynthèse fut réalisée, en 1976, par le professeur P. Potier, dans son laboratoire du CNRS à Gif-sur-Yvette.

Sa posologie

Lorsque la vinorelbine est administrée par voie veineuse stricte, à la dose de 25-30 mg/m², une fois par semaine, pour éviter une irritation veineuse et surtout les conséquences parfois sévères d'une extravasation, le médicament est dilué dans une solution physiologique et perfusé en 20 minutes, avec un rinçage abondant de la veine.

Lorsqu’elle est administrée par voie orale, la posologie est d’une capsule molle à 20 ou 30 mg par semaine pendant trois semaines, suivi d’un repos thérapeutique d’une semaine.

Ses indications

La Navelbine™ injectable (IV) est indiquée pour le traitement

  • Des cancers bronchiques non à petites cellules
  • Des cancers du sein métastatiques

La Navelbine™ orale (capsules molles dosées à 20 et 30 mg) est, elle, indiquée en monothérapie ou en polychimiothérapie pour le traitement

  • Du cancer du poumon non à petites cellules
  • Du cancer du sein métastatique.

Ses effets secondaires

Ils sont hématologiques avec un risque de neutropénie (fièvre, frissons, signes d’infections), d’une baisse du taux de plaquettes (thrombocytopénie), rarement sévère et d’une diminution fréquente du nombre de globules rouges (anémie) mais d’intensité modérée.
Des nausées et des vomissements peuvent être réduits en absorbant le traitement à la fin d’un repas ou par l’utilisation d’un antiémétique en prophylaxie (métoclopramide, sétrons).
En dehors des neuropathies (polynévrite sensitivomotrice), une constipation, d’origine neurologique peut être observée. Elle peut être évitée en privilégiant une bonne hydratation, une alimentation riche en fibres et par de l’exercice physique. A l’opposé, des diarrhées sont assez fréquentes.
De la fatigue, des douleurs articulaires (arthralgies) notamment au niveau des mâchoires et au niveau de la tumeur, ainsi que des douleurs musculaires (myalgies) peuvent être observées.

LA VINFLUMINE (JAVLOR )

C'est un dérivé fluoré, actif par voie injectable. C'est un analogue des vinca-alcaloïdes obtenu par semi-synthèse à partir d’extrait de la pervenche de Madagascar.
Il s'administre toutes les 3 semaines et ne nécessite pas de prémédication.
Ce nouveau médicament est homologué pour le traitement cancers urothéliaux de vessie avancés ou métastatiques, après l’échec d’une première ligne de chimiothérapie comportant un sel de platine.

Mise à jour

10 avril 2019