Le suivi post-thérapeutique

Pourquoi un suivi médical ?

Les traitements lourds de la maladie s’achèvent. Vous poussez un « ouf » de soulagement et c’est bien naturel….
Cependant, comme il est impossible d'assurer qu'aucune cellule cancéreuse ne subsiste dans l'organisme après les traitements, même si tous les signes de la maladie ont disparu, le spécialiste parlera de rémission et n'utilisera le terme guérison qu'après 5 à 7 ans de suivi. De ce fait, durant cette période, il est crucial pour vous d'être revu régulièrement en consultation.

Au cours de ces visites, votre médecin s'informera de votre état de santé et sur les symptômes que vous pourriez ressentir.
Il pratiquera un examen clinique détaillé. A cette occasion, il pourra demander des examens de laboratoire ou d'imagerie médicale pour confirmer la rémission ou pour détecter, le plus précocement possible, une récidive éventuelle de la maladie.

LES SYMPTÔMES D’ALERTE

  • Des douleurs abdominales
  • Des troubles nouveaux et persistants du transit intestinal
  • La présence de sang dans les selles
  • L'apparition d'une jaunisse (ictère)
  • Une fatigue sans cause
  • Une anémie par manque de fer

Un suivi régulier les premières années …

LES RÉCIDIVES

La moitié d'entre elles surviennent la première année et 80 % dans les trois premières années après la fin du traitement. Ensuite, le risque diminue très fortement. Il est de 1,5 % après 5 ans et de 0,5 % après 8 ans.
Au delà de la troisième année, vous avez plus de 90 % de chances d’être sorti d’affaire !
Le délai de guérison est de 9,3 ans (intervalle de confiance 8,3 à 10,4 ans).

L'IMPORTANCE DE LA SURVEILLANCE

Le suivi durant les trois premières années s'explique par les données épidémiologiques et la connaissance de l'évolution de la maladie.
Il peut faire découvrir une éventuelle récidive à un stade très précoce, permettant une deuxième résection pouvant être curative.
La récidive peut être locale, au niveau de l'anastomose sur le côlon ou à distance , sous forme de métastases, hépatiques ou, plus rarement, pulmonaires.
Le suivi permet aussi de rechercher de manière systématique de nouvelles lésions pré-cancéreuses ou des cancers colorectaux encore in situ , curables.

Incidences de nouvelles lésions métachrones

  • Incidence annuelle de nouveaux adénomes : 3 - 5 %
  • Risque cumulé de cancer métachrone (second cancer décalé dans le temps) : 2% à 5 ans ; 7% à 20 ans
  • Récidives endoluminales : < 10%

Le calendrier des visites de suivi

LA PREMIÈRE VISITE

Elle vous permettra de discuter de problèmes et des effets secondaires du traitement et des moyens d’y palier avec votre chirurgien. Cette visite vous aidera à trouver l'appui affectif ou social dont vous avez besoin. Vous pourrez discuter avec l’équipe médicale de vos projets, notamment professionnels. Vous établirez aussi avec vos médecins un calendrier de soins.

PAR LA SUITE...

Selon les recommandations de l’ANAES, des cancers coliques, après exérèse visée curative est le suivant :  

  • La première année
    • Tous les 3 mois : examen clinique
    • Tous les 4 à 6 mois : échographie hépatique
    • Une fois par an : radiographie pulmonaire, coloscopie, si celle-ci a été incomplète en préopératoire ou s'il existait des polypes synchrones
  • La deuxième année
    • Tous les 3 mois
    • Les mêmes examens, sauf la coloscopie
  • La troisième année
    • Tous les 3 mois : examen clinique, échographie hépatique
    • Une fois par an radiographie pulmonaire
    • Coloscopie
  • Après 3 ans
    • Les mêmes examens annuellement
    • Coloscopies tous les 5 ans si normale, ou en cas de signes cliniques suspects
  • Après 5 ans
    • Un examen clinique, une radiographie de thorax annuels
    • Une coloscopie tous les 3 ou 5 ans.

CAS PARTICULIERS

En cas de stade I ou II (pT1-T2)

  • Un examen clinique tous les 3 - 4 mois
  • Une coloscopie à 1 an puis 3 et 5 ans en cas de résultat normal
  • Une écho-endoscopie rectale (EER) pour la localisation rectale tous les 3 à 4 mois les 2 premières années, puis 2 fois/an les 3 années suivantes, particulièrement pour les malades ayant bénéficié d’une résection trans-anale.

En cas de stade III ou IV (pT3-T4 tout N)

  • Un examen clinique tous les 3 - 4 mois
  • Un dosage d’ACE, si celui-ci a été initialement décidé
  • Une échographie hépatique tous les 3 mois pendant 2 ans puis tous les 6 mois pendant 3 ans
  • Une EER ou un scanner abdominal en cas d’amputation du rectum
  • Une radio de thorax tous les 6 mois
  • Une coloscopie à 1 an puis tous les 3 ans en cas de résultat normal.

POURQUOI TOUS CES EXAMENS ?

Le dosage des marqueurs tumoraux

Certaines tumeurs, y compris le cancer colorectal, produisent des substances qui peuvent être détectées dans le sang et qui est appelées « marqueurs tumoraux ». Les marqueurs tumoraux produits par le cancer colorectal, sont appelés l’antigène carcino-embryonnaire ou ACE et antigène tumoral 19-9 ou CA 19-9.
Un taux élevé de ACE ou de CA 19-9 peut indiquer le développement de métastases et impose des recherches plus approfondies. Néanmoins, une élévation des taux de l'ACE et/ou du CA 19-9 peut être observée au cours de maladies bénignes et ne témoigne pas toujours d'une rechute.

Les coloscopies de suivi

En dehors du risque de récidive locale, les patients qui ont un antécédent de cancer colorectal ont un risque accru de développer un second cancer colorectal. C'est le cas chez environ 3 % des patients.
Le but de la coloscopie pour les patients qui ont déjà été traités pour un cancer colorectal est double.

  • Le premier est de détecter une rare récidive locale.
  • Le second est de détecter des polypes ou voire de nouvelles tumeurs.

Les autres examens au cas par cas…

Ils ne sont systématiquement demandés. Tout dépend de votre cas !
Des symptômes, des signes physiques ou des examens de laboratoire, qui font suspecter une rechute, peuvent amener le médecin à demander un scanner ou une IRM. Ces examens peuvent être utilisés pour mesurer la réponse au traitement ou pour détecter une récidive ou une métastase. Comme les examens de laboratoire, le scanner et/ou l’IRM peuvent être demandés fréquemment au début, puis moins souvent avec le temps.

ExamenCalendrier
Clinique Tous les 3 mois pendant 3 ans 
Puis tous les 6 mois pendant 2 ans
Coloscopie - Dans le 6 mois suivants l'intervention : si la coloscopie initiale était incomplète ou de mauvaise qualité ou non réalisée en préopératoire 
- Après l'intervention : contrôle à 2 ou 3 ans puis tous les 5 ans, si normale 
- Le rythme dépendra de la présence ou non d’adénomes. 

Coloscopie virtuelle, en cas d’impossibilité de réaliser une coloscopie standard
Scanner thoraco-abdomino-pelvien avec injection En fonction du stade de la maladie 
Tous les 3 à 6 mois pendant 2 ans 
Puis annuellement pendant 3 ans
Échographie abdominale En cas d'impossibilité de réaliser un scanner
Dosage de l'ACE (optionnel) Pour les stades II et III, tous les 3 mois pendant les 3 premières années
IRM hépatique En cas de problème de réalisation d'un scanner
TEP En cas d'élévation du taux d'ACE associée à un bilan normal pour détecter précocement une récidive

Les seconds cancers

LE CONTEXTE

En l’absence de récidive, la durée de la surveillance pour un cancer colorectal est de 5 ans. Au-delà, le patient traité demeure à risque élevé de cancer ce qui explique pourquoi on vous proposera, tous les 5 ans, un dépistage par une coloscopie totale

Le risque de développer un second cancer après un cancer colorectal est légèrement supérieur à celui de la population générale. Ce risque dépend tout particulièrement de l’âge au moment du diagnostic et de l’existence ou non d’un syndrome de prédisposition génétique aux cancers.

QUELLE LOCALISATION ?

Un second cancer du côlon

Le second cancer le plus souvent observé est un second cancer du côlon ou du rectum et ceci plus spécifiquement si :

  • La maladie a été diagnostiquée avant 40 ans
  • Vous êtes porteur d'un syndrome de Lynch (HNPCC)
  • Vous présentez une polypose adénomateuse familiale (PAF) atténuée ou PAF classique pour laquelle vous avez bénéficié d'une conservation rectale.

Ce risque persiste plus de 20 ans après le diagnostic.

Une autre localisation...

Les autres seconds cancers observés sont :

  • Un cancer de l’endomètre, en particulier chez les patientes diagnostiquées avant 40 ans et celles atteintes d’un syndrome de Lynch (HNPCC)
  • Un cancer de l’intestin grêle, en particulier chez les patients diagnostiqués avant 40 ans, ceux atteints d’un syndrome de Lynch (HNPCC) ou de Peutz-Jeghers
  • Un cancer du duodénum ou un ampullome en cas de PAF classique (polypose duodénale).


EXISTE-IL UNE PRÉVENTION POSSIBLE ?

En de règles d'hygiène de vie habituelles, aucun des principes chimiques ou des médicaments suivants n'ont démontré une activité et ne sont donc pas recommandés dans la prévention des cancers secondaires :

  • Les anti-inflammatoires, l'aspirine ou les inhibiteurs de COX-2
  • La curcumine ou diféruloylméthane est le pigment principal du curcuma (Curcuma longa), aussi appelé safran des Indes
  • Le difluorométhylornithine (DFMO)
  • Les isothiocyanates (y compris le sulphoraphane que l'on trouve dans des légumes crucifères, comme les brocolis ou les choux-fleurs)
  • Le resvératrol est un polyphénol de la classe des stilbènes présent dans certains fruits comme les raisins, les mûres ou les de myrtille, les canneberges et la grenade

EN PRATIQUE...

  • La surveillance constitue un stress, une fois passée la visite confirmant que tout se passe bien, n’y pensez plus jusqu’à la visite suivante !
  • Occupez-vous, ne vous fatiguez pas
  • Faite du sport ! Les spécialistes préconisent une activité aérobie individualisée modérée à soutenue entre 10 et 60 minutes, 2 à 5 fois par semaine

 

Mise à jour

3 novembre 2012