Les dépistages

Bien comprendre les termes...

DÉPISTAGE ORGANISÉ

Il s’adresse à la population générale âgée de plus de 50 ans à risque moyen (les sujets de plus de 50 ans des deux sexes). Dans ce cas, le dépistage s’effectue sur toute une population ne présentant aucun symptôme de la maladie.
Le rationnel scientifique de la démarche est basé sur les résultats d'études scientifiques qui ont montré que le dépistage est associé à un bénéfice en termes de réduction de la mortalité globale.
C’est le cas de la mammographie de dépistage organisé, pour le cancer du sein et, maintenant, du test Hemoccult® et, plus tard, le test immunologique, pour le dépistage organisé du cancer colorectal.

DÉPISTAGE DES SUJETS À RISQUE

Il s’adresse à des sujets présentant un ou plusieurs facteurs de risque. C’est le cas si deux de vos parents proches ou plus ont été atteints de la maladie, ou si vous êtes d’origine africaine ou antillaise. Dans ce cas, le dépistage s’effectue sur cette population précise car, là aussi, des études ont montré que cette démarche est associée à un bénéfice en termes de réduction de la mortalité globale. C’est le cas, par exemple, le cas du dépistage par coloscopie des sujets ayant une polypose colique familiale pour la prévention du cancer du côlon.

DÉPISTAGE À TITRE INDIVIDUEL

Il repose sur votre conviction et celle de votre médecin que cette détection précoce est associée à un bénéfice en termes de réduction de la morbidité et/ou un allongement de la survie.

Le dépistage à prouvé son efficacité...

POURQUOI ?

Plus tôt un cancer ou un polype est détecté, plus grandes sont les chances de guérison.
De ce fait, le dépistage des sujets ne ressentant pas de symptômes est très important et concerne tout le monde.
Le dépistage a prouvé son efficacité et permet :

  • De détecter des anomalies, en particulier des polypes, dans le côlon avant qu’ils ne se transforment en cancer 
  • De découvrir des cancers à un stade précoce pour lesquels les chances de guérison sont les plus grandes.

LES RÉSULTATS ATTENDUS...

On estime actuellement que le dépistage par la recherche de sang dans les selles tous les 2 ans, de 50 à 75 ans, permettrait de réduire le nombre des décès par cancer colorectal de 15 à 20 %.

De plus, une étude récente portant sur 33 020 participants à montré que ce bénéfice en termes de réduction de la mortalité liée au cancer colorectal persistait au-delà de 30 ans.

Quel dépistage pour quel niveau de risque ?

NIVEAUX DE RISQUE

En France, la stratégie de dépistage se détermine selon trois niveaux de risque : moyen, élevé ou très élevé. À chaque niveau correspondent des recommandations adaptées de dépistage et de suivi.

  • Risque moyen
    • Hommes et femmes de plus de 50 ans, asymptomatiques.
  • Risque élevé
    • Antécédent personnel d’adénome ou de cancer colorectal
    • Antécédents familiaux de cancer colorectal chez les parents de 1er degré (père, mère, frère, sœur, enfant)
    • Maladie inflammatoire chronique de l’intestin (maladie de Crohn colique, rectocolite hémorragique).
  • Risque très élevé
    • Polyposes adénomateuses familiales (liées la mutation APC, liées à la mutation MYH)9.
    • Cancer colorectal héréditaire non polyposique (syndrome de Lynch)

 

QUELLES MODALITÉS DE DÉPISTAGE ?

  • Sujets à risque faible ou moyen
    • Dépistage organisé par la recherche de sang dans les selles par le test immunologique tous les 2 ans
  • Sujets à haut risque
    • Une coloscopie de dépistage à 45 ans
    • Un dépistage 10 ans plus tôt si un parent, au moment de la découverte d’un cancer colorectal, avait moins de 55 ans
  • Sujets à très haut risque
    • Coloscopie de dépistage entre 20 et 25 ans ou 5 ans avant l’âge du cancer le plus précoce de la famille

Quel dépistage pour qui ....

RisqueMoyenÉlevéTrès élevé
Qui ? Population générale
50 à 74 ans
Asymptomatique.

Antécédents personnels de maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI)
Maladie de Crohn colique
Rectocolite hémorragique.
Antécédents d’adénome ou de cancer colorectal
Personnel
Familial (1er degré)

Prédisposition héréditaire
Polyposes adénomateuses familiales (PAF)
Cancer colorectal héréditaire non polyposique (syndrome de Lynch).
Quel dépistage?

Dépistage organisé

  • Test de recherche de sang occulte dans les selles (tous les 2 ans).

Dépistage individuel

  • Consultation gastro-entérologique/ suivi spécialisé.
  • Coloscopie*/Chromoendoscopie**.

Dépistage individuel

  • Consultation oncogénétique (recherche mutation)
  • Consultation gastro-entérologique
  • Chromoendoscopie

Le dépistage organisé, en France

QUI ?

Les critères d’éligibilité sont les suivants :

  • L’absence  de symptômes car ce n’est pas un test de diagnostic (dans le cas contraire, une coloscopie d'emblée s'impose)
  • Avoir entre 50 et 74 ans
  • Ne pas avoir d'antécédents personnels de polypes, de cancer du côlon ou de maladies inflammatoires de l'intestin (colite ulcéreuse ou maladie de Crohn), coliques qui impliquent un suivi coloscopique
  • Ne pas avoir d’antécédents familiaux de cancers chez les parents 1 er degré (père – mère - fratrie), un cancer ou un polype avant 65 ans qui impliquent un suivi coloscopique  

QUI N'EST PAS CONCERNÉ ?
 
Les critères de non éligibilité sont les suivants :

  • Vous avez une maladie intercurrente, comme par exemple un autre cancer récent dont on attendra la rémission
  • Votre dernière coloscopie est normale (ou test récent), dans ce cas votre médecin précisera  la date pour qu'un dépistage puisse être programmé dans 5 ans après une coloscopie ou  2 ans après un test

COMMENT ?

Aujourd'hui, il est basé sur la recherche de sang sur les selles, en utilisant le test immunologique qui dépiste deux fois plus de cancer et trois à quatre fois plus d'adénomes, mais au prix d'une augmentation des coloscopies.

UNE PARTICIPATION TOUJOURS DÉCEVANTE...

Ce taux est de 33,5 % sur la période 2016/2017. Un taux bien en deçà du seuil minimum de 45 % recommandé au niveau européen.
Selon les départements, la participation varie de 10 % pour la Corse et 47 % pour l’Ille-et-Vilaine.

LES RÉSULTATS 2015

Sur les 1.5 million de tests réalisés, 63 000 se sont révélés positifs. Le pourcentage de tests immunologiques positifs est plus élevé chez les hommes, 5.9 % que chez les femmes, 3.6 %.
Le programme a permis de dépister :

  • 16 000 personnes ayant un adénome avancé soit un taux de détection de 3,3 pour 1 000 personnes dépistées
  • 6 000 personnes ayant un cancer colorectal soit un taux de détection de 1,3 pour 1 000 personnes dépistées.

Les méthodes de dépistage

LES MÉTHODES VALIDÉES 

Définition 

On entend par méthodes validées, des examens de dépistage qui ont démontré que leur utilisation diminuait la mortalité par cancer colorectal. Ces conclusions sont tirées à partir d’essais cliniques contrôlés sur de grandes populations de sujets. 

La recherche de sang dans les selles  

Bien qu’un tiers des cancers du côlon ne saignent pas au départ, une recherche de dépistage, tous les 2 ans, est un test intéressant chez les malades asymptomatiques. 

  • Le test Hemoccult II
    C'est un test simple pour rechercher une perte de sang occulte dans les selles.
    Il est constitué d'un papier réactif imprégné de gaïac.
    Il doit être réalisé sur trois selles consécutives et nécessite de prélever, sur chaque selle, deux très petits fragments de la taille d’un grain de riz à déposer sur une plaquette. La plaquette est ensuite à insérer dans une enveloppe T (fournie dans le test), à envoyer au centre de lecture dont l’adresse est inscrite sur l’enveloppe.
    Il est positif chez 2 à 3 % des personnes âgées de 50 à 74 ans et implique la réalisation d’une coloscopie.

  • Le test immunologique
    Ce test a supplanté. Il détecte la présence d'hémoglobine humaine dans les selles grâce à l'utilisation d'anticorps spécifiques.
    Ce test détecte 8 cancers sur 10, à un stade le plus souvent curable, au lieu de 4 cancers sur 10 pour l’ancien test, et aussi 4 fois plus de lésions précancéreuses, qui peuvent être ensuite enlevées au cours d’une coloscopie, assurant ainsi une vraie prévention du cancer.
    Il est plus facile à faire (1 prélèvement de selles au lieu de 6) et  plus sensible.
    Cette technique permettant une lecture automatisée est utilisée pour le dépistage organisé en France. 

La sigmoïdoscopie tous les 5 ans

C'est une méthode peu utilisée en France pour le dépistage. Elle explore le rectum et le bas du côlon sigmoïde sur environ 50 cm. C’est une méthode validée qui permet de diminuer la mortalité par cancer colorectal dans les pays anglo-saxons. 

Les polypes ayant plus de 1 cm doivent être prélevés par biopsie puis examinés au microscope. Si les polypes sont plus gros ou si des polypes adénomateux ou des cancers sont découverts, une coloscopie doit être effectuée.

Le colo-scanner (à l’air)

Les performances diagnostiques de cette technique de radiologie sont comparables à la coloscopie, avec un taux de détection des cancers de 96 % et de plus de 90 % des polypes de plus de 10 mm. Sa sensibilité est moindre pour les lésions plus petites.

Son acceptabilité est probablement meilleure : 34 % contre 22%
Lorsque le colo-scanner est proposé, s'il s'avère positif, doit être suivi par une coloscopie diagnostique.

LES MÉTHODES NON VALIDÉES  

Définition

On entend par méthodes non validées, des examens de dépistage qui n’ont pas démontré que leur utilisation diminuait la mortalité par cancer colorectal. Cela n’est pas du tout synonyme qu’elles sont inutiles mais, que leur utilisation systématique, ne peut pas être recommandée. 

La recherche de l’ADN fécal 

Elle n'est pas, à ce jour, une stratégie validée mais elle représente une technique d’avenir prometteuse susceptible de faciliter et de simplifier le dépistage de la maladie, notamment grâce au développement de tests sériques.

La coloscopie 

C'est l’examen le plus sensible mais son utilité n’a pas encore été évaluée dans le dépistage de masse du cancer colorectal.

La vidéo-capsule colique

Actuellement, elle permet un taux d’exploration complète de l'ordre de 80 %. C'est une méthode potentiellement intéressante mais des études cliniques spécifiques au dépistage de patients à risque moyen sont nécessaires pour valider la méthode.

Le lavement baryté    

Cette ancienne technique manque de sensibilité et de spécificité. Ce n’est pas une méthode retenue pour le dépistage du cancer colorectal. De toute façon, tout résultat anormal nécessitera la réalisation d’une coloscopie !

Le dépistage pour certaines catégories de patients

LES PATIENTS À RISQUE TRÈS ÉLEVÉ

Qui ?

Ce sont tous les patients avec des formes familiales liées à une prédisposition génétique, notamment :

  • Une polypose adénomateuse familial (PAF)
  • Un syndrome de Lynch (HNPCC).

Comment ?

Dans ce cas, une prise en charge spécialisée s'impose et comporte une consultation d’oncogénétique et un dépistage par coloscopie et chromocoloscopie.
Une chirurgie prophylactique par colectomie totale, peut être, dans certains, une meilleure option raisonnable.

LES SUJETS À RISQUE ÉLEVÉ

Qui?


Il concerne les patients ayant :

  • Un antécédent personnel de cancer colorectal ou d’adénome car le risque de cancer est d'environ 2 % à 5 ans
  • Un antécédent familial au premier degré de cancer colorectal ou d’adénome > 1 cm survenu avant 65 ans
  • Deux ou plusieurs antécédents familiaux au premier degré de cancer colorectal quel que soit l’âge de survenue ;Un apparenté au premier degré victime d'un cancer colorectal dont le risque estimé est de 2 à 3 fois supérieur que dans la population générale
  • Une maladie inflammatoire chronique du côlon : rectocolite hémorragique ou maladie de Crohn
  • Un cancer du sein antérieur car dans ce cas il y a une augmentation du risque mais non encore chiffrée

Comment ?

IL comporte une coloscopie à partir de 45 ans ou 5 ans avant l’âge du diagnostic du cas index chez un apparenté au premier degré de moins de 65 ans.

LES SUJETS À RISQUE MOYEN

Il concerne toutes le personnes n’appartenant aux groupes qui précédent, mais âgées de plus de 50 ans.

En cas de risque élevé

CAS GÉNÉRAL

Les personnes sont « à risque élevé » parce qu'ils ont un parent, un frère, une sœur ou un enfant porteur de polypes ou d’adénomes plans ou de cancer colorectal. Ces sujets doivent être soumis à un dépistage à partir de 40 ans. Le dépistage consiste, tous les ans ou tous les deux ans, en une coloscopie systématique (en dehors de tout symptôme)
Les personnes dont la première coloscopie montre un volumineux polype ou des polypes multiples devraient subir une coloscopie de contrôle au bout de 3 ans. Si l’examen de contrôle est négatif, la coloscopie suivante devra être effectuée après 5 ans.

COLITE INFLAMMATOIRE

Les maladies en cause sont la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique.

On vous proposera de réaliser une coloscopie tous les ans. Si votre maladie touche le colon entier, le dépistage de cancer colorectal doit commencer 8 ans après la première poussée de colite. Si la colite ne touche que le côté gauche du colon, le dépistage peut commencer 15 ans après la première poussée inflammatoire.

En cas de formes familiales…

UNE RECHERCHE GÉNÉTIQUE 

En cas de suspicion de pathologie génétique, le spécialiste vous recommandera d’effectuer, dans un premier temps, la recherche d’une instabilité des microsatellites (MSI) sur l’ADN des cellules tumorales, obtenues à partir de la biopsie, correspondant au phénotype MSI.

Par immuno marquage on recherche la protéine MSH2 qui décèle l’erreur de transcription des acides aminés, et la protéine MLH1 qui corrige la faute. Les cellules tumorales ne possèdent pas ces protéines.

La mise en évidence du phénotype MSI doit faire évoquer une pathologie génétique intégrée dans le cadre du syndrome HNPCC ( human non polyposis colorectal cancer ) dans lequel ils adoptent alors de multiples localisations (côlon, estomac, endomètre, pancréas, voies biliaires, rein, uretères…). 

DEUX SITUATIONS PARTICULIÈRES... 

Il y a un ou des cas de cancers colorectaux non polyposique familiaux (HNPCC)... 

Vous devriez envisager une consultation d’oncogénétique et discuter de l’utilité, pour vous, de la réalisation d'un test génétique. Le dépistage familial consiste en :

  • Une coloscopie tous les 2 ans dès l’âge de 25 ans ou 5 ans avant l’âge de diagnostic le plus précoce dans la famille.
  • Un examen gynécologique annuel dès l’âge de 30 ans avec échographie endovaginale et frottis.

Il y a des cas de polypose colique familiale (FAP), dans la famille …

Vous devriez envisager une consultation d’oncogénétique et discuter de la réalisation d'un test génétique pour savoir si vous êtes porteur du gène.
Si la polypose adénomateuse familiale est associée avec une mutation du gène APC , le dépistage consiste en les examens suivants :

  • Une rectosigmoïdoscopie annuelle de tous membres de la famille dès l’âge de 10-12 ans
  • Une duodénoscopie à la recherche de polypes duodénaux.

Une colectomie totale préventive ou coloprotectomie doit être discutée si le diagnostic de polypose colique familiale est confirmé, car c’est la seule façon de prévenir le développement d’un cancer colorectal.   

 

  Indications de test génétique APC 

Test diagnostic à la recherche d’une FAP

  • Si avez plus de 100 adénomes lors d’une coloscopie ou une forme atténuée de FAP

Test sanguin de dépistage de la FAP

  • Pour les membres de la famille d’un sujet avec une FAP ou si des mutations APC sont avérées

 

Vous avez été opéré, mais vous n’avez jamais eu de coloscopie …


Vous devriez faire pratiquer une coloscopie dans un délai d’un an après l’opération. Si la coloscopie est anormale, la coloscopie suivante doit être pratiquée après 3 ans. Si cette coloscopie est normale, elle doit être répétée après 5 ans.


@ Pour plus de détails, allez à ONCOGENETIQUE

Ne pas oublier...

  • 44 % des cancers sont diagnostiqués à un stade d’extension locale, 23 % à un stade d’extension régionale et 33 % à un stade avancé
  • Les cancers diagnostiqués à un stade d’extension locale sont plus fréquents chez les 40-74 ans
  • Près d’un cancer sur 4 était est à un stade d’extension régionale chez les patients de moins de 75 ans
  • Les cancers de stades avancés sont plus fréquents chez les moins de 40 ans et les plus de 74 ans par rapport aux âges intermédiaires

Mise à jour

17 novembre 2019