Les cancers triple-négatifs

Point important...

Le cancer du sein triple négatif ne correspond pas à une maladie mais à un statut immuno-histo-chimique commun à un ensemble de tumeurs avec une carte d’identité tumorale et une évolution clinique différentes.

GLOBALEMENT

DÉFINITION 

Les cancers du sein « triple négatifs » représentent environ 17 % des cancers du sein et constituent un groupe hétérogène caractérisé par l’absence de récepteurs hormonaux aux œstrogènes et à la progestérone et l’absence de surexpression du facteur de croissance HER-2 en immunohistochimie.

Les spécialistes décrivent six sous-types
  • Basal-like 1 (BL1),
  • Basal-like 2 (BL2),
  • Immunomodulateur (IM),
  • Mesenchymateux (M),
  • Mesenchymateux stem-like (MSL)
  • Luminal avec androgéne récepteur (LAR)

CRITÈRES

Le terme tumeur « triple négative » est une définition immuno-histo-chimique correspondant à l’absence d’expression des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone et à l’absence d’expression du récepteur HER2.

Les seuils de négativité retenus, en France, sont de moins de 10 % de cellules marquées pour les récepteurs hormonaux (RH), et un marquage membranaire d’HER2 de score 0 ou 1+ ou bien 2+ mais sans amplification en FISH pour ERBB2.

Ces tumeurs représentent environ un peu moins de 20 % des cancers du sein diagnostiqués.

UN LIEN AVEC LA MUTATION BRCA1


il existe un recouvrement entre tumeurs dites "triple-négatives" et les mutations germinales du gène BRCA1 .

Parmi les tumeurs survenant chez des patientes porteuses de mutations germinales de BRCA1 , 80 % sont "triple-négatives".

Parmi les cancers du sein triple-négatifs, 10 % sont diagnostiqués chez des patientes présentant des mutations germinales de BRCA 1.

UNE FORME AGRESSIVE

Ce sont des carcinomes canalaires de grosse taille, de haut grade avec un index mitotique Ki87 élevé et des atypies nucléaires nombreuses à l'examen anatomo-pathologique.

Ces cancers sont souvent apparentés au sous-type basal et présentent des similarités avec les cancers développées sur mutation germinale de BRCA.

Ce sont des tumeurs habituellement de haut grade, plus volumineuses et avec un profil plus agressif : forte expression de p53 et Ki67 élevé.

Elles présente un plus fort risque de récidives métastatique dans les trois premières années après le diagnostic.

Leur profil

CLINIQUEMENT

Leurs caractéristiques épidémiologiques et cliniques comprennent

  • Un âge plus jeune au diagnostic souvent en pré-ménopause
  • Une première grossesse précoce
  • Une obésité associée ou non à un syndrome métabolique
  • Un risque de rechute plus élevé malgré une plus grande chimiosensibilité
  • Une plus grande fréquence des métastases pulmonaires et cérébrales

LEUR PRÉSENTATION

Cliniquement

Ils sont plus souvent diagnostiqués au stade de tumeur cliniquement détectable à la palpation.

C'est une forme fréquente dans les cancers d’intervalle (cancers diagnostiqués entre deux mammographies de dépistage).

A l'examen clinique, ce sont des masses circonscrites et il n'y a pas de corrélation entre la taille tumorale et l'atteinte ganglionnaire.

L'imagerie médicale


Leurs caractéristiques radiologiques sont variables ; ils sont souvent décrits comme une masse circonscrite, sans spicule périphérique, ni microcalcification associée.

Il existe souvent un réehaussement en IRM et un hypermétabolisme en TEP-TDM.

LA PRISE EN CHARGE...

GLOBALEMENT

La chirurgie

La chirurgie conservatrice peut être proposée pour les tumeurs  T1 et parfois pour les  T2. La mastectomie totale est n"cessaire dans les tumeurs plus volumineuses, multifocales ou multicentriques.
En cas de formes survenant dans le contexte d’une mutation BRCA1 , la mastectomie totale, éventuellement prophylactique controlatérale pourra vous êtes proposées.
La chirurgie sera suivie d'un traitement adjuvant de radiothérapie et de  chimiothérapie.

La chimiothérapie

Ces sont des tumeurs chimio-sensibles au docétaxel (seul, ou en association à une anthracyclines ou à la capécitabine).
La chimiothérapie peut être néo-adjuvante, adjuvante ou appliquée au stade métastatique.

LEUR PRONOSTIC

Leur pronostic est considéré par les spécialistes comme plus défavorable que celui des autres formes, avec un risque de récidive invasive. La plupart de ces récidives surviennent dans les trois ans suivant la chirurgie mais risque, par la suite, diminue rapidement.

Demain...

L’IMMUNOTHÉRAPIE

Ces tumeurs présentent une charge mutationnelle élevée, elles seraient ainsi plus immunogène. Partant de là, ces tumeurs seraient de bons candidats à un traitement pour une immunothérapie ciblant les points de contrôle immunologiques. Ce d'autant que que l'expression de PD1-PDL1 dans le cancer du sein serait de meilleur pronostic.

Actuellement plus de 50 essais cliniques évaluent le pembrolizumab, le durvalumab, l'ipilimuma, le nivolumab, le tremelimumab ainsi que l'atezolizumab.

LES ANTI-ANDROGÈNES

Le sous-type moléculaire "apocrine" des cancers triple négatifs est caractérisé par l'expression de gènes luminaux, une expression des récepteurs androgènes (RA) dans 25 à 35% des cas.
Des premiers essais avec l'abiratérone, médicament utilisé pour le traitement des cancers de la prostate, montre un taux de réponses intéressant.
Cinq autres études sont en cours de recrutement avec le bicalutamide et l'enzatulamide.

LES ANTICORPS MONOCLONAUX CONJUGUÉS EN COURS DE DÉVELOPPEMENT

L'anetumab ravtansine

Il cible la mesotheline
Le ladiratuzumab vedotin qui est un anticorps conjugué couplé à monomethyl auristatin et cible un transporteur de Zinc dont les premiers essais révèlent un taux de réponse intéressant.

Le sacituzumab govitecan-hziy

C'est un anticorps monoclonal humanisé conjugué au métabolite actif de l'irinotecan qui cible le trophoblast cell-surface antigen 2 (Trop-2).-132.
Les premiers résultats des études clinique de Phase 2, chez des patientes en échec thérapeutique, montre un impact positif sur le temps sans progression (13 mois contre 5.5 mois pour le traitement standard)..

 

 

Pour conclure...

Le cancer du sein triple-négatif est un groupe de tumeurs du sein qui regroupe de très nombreuses entités cliniques et biologiques.

Certaines tumeurs sont peu agressives et assez lentement évolutives. Mais la plupart des cancers triple-négatifs présente des index de prolifération élevés et des risques de rechute importants.

Les cancers dits basal-like sont souvent sensibles à la chimiothérapie, mais le risque d'échappement est important.

En cas de tumeur métastatique, les sels de platine sont particulièrement actifs chez les patientes porteuses d'une mutation germinale de BRCA. L'utilisation des inhibiteurs de PARP est validée pour cette population particulière

mise à jour

21 février 2019