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Vaccins

LES ANTIGÈNES DE REJET DES TUMEURS

LE CONCEPT THÉORIQUE

Le concept d’antigène de rejet tumoral

Il a été utilisé par T. Boon de l’Institut Ludwig de Bruxelles qui, le premier, en 1995, a décrit un gène codant pour un tel antigène. Ce gène codait pour une protéine dont un peptide était présenté aux lymphocytes T cytotoxiques (CD8+) par les molécules HLA de classe I. Ce gène fut dénommé MAGE pour ( M elanoma A nti GE n ). Cette protéine est intéressante car il n’y a aucune expression des gènes MAGE dans les tissus normaux, à l’exception des testicules et du placenta. En revanche, plus des trois quarts des mélanomes expriment au moins un des quatre gènes MAGE .

A partir de cette découverte…

Il est né l’espoir de pouvoir produire des molécules (peptides) immunogéniques spécifiques des tumeurs et de permettre une véritable vaccination antitumorale.

MAINTENANT...

Depuis lors, d’autres antigènes tumoraux ont été décrits. Les antigènes tumoraux sont codés par quatre classes principales de gènes.

  • Les gènes silencieux dans les tissus normaux et activés dans les tumeurs. Ils sont exprimés dans le mélanome, le cancer du sein, les tumeurs de la sphère ORL et de la vessie. Il s’agit :
    • Du MAGE
    • Du BAGE ( Bladder antigen )
    • Du GAGE ( Gastric antigen )
    • Du RAGE ( Renal antigen )

  • Les antigènes de différentiation
    • Les protéines spécifiques des mélanocytes comme la tyrosinase, le Melan-A/Mart-1
    • Les glycoprotéines (gp) : gp100, et gp75 exprimés dans les mélanocytes
    • Le PSA exprimé dans la prostate

  • Les antigènes provenant des mutations sporadiques de gènes ubiquitaires
    • Le MUM-1
    • La kinase 4 dépendante de la cycline CDK4 ( Cyclin-Dependant Kinase 4 )
    • La bêta-caténine et le complexe tissulaire HLA-A2
    • La protéine de fusion : bcr-abl résultant de la translocation t(9-22) dans les LMC

  • Les antigènes dérivés de gènes qui sont surexprimés dans les tumeurs
    • Le HER-2/neu et le PRAME
    • Le MUC1 donne la protéine Muc1 qui peut être clivée et la fraction soluble devient l’antigène circulant  CA 15.3 , un marqueur très utilisé dans le suivi des patientes atteintes de cancer du sein

  • Les protéines virales : E6, E7 du HPV16 dans les cancers du col de l’utérus

De plus, des produits de mutations de gènes, comme le p53 ou le Ras peuvent, aussi, générer des réactions immunes cytotoxiques.


Antigène tumoral



Cancers connus exprimant l’antigène

Antigènes associés aux tumeurs

MAGE-1, MAGE-3
GAGE, BAGE
MART-1


Mélanome, poumon, sein, ovaire

Mélanome

Mélanome

Antigènes oncofœtaux

Antigène carcino-embryonaire (ACE)
Alpha-fœto-protéine (AFT)

 

Cancers du tube digestif, sein, poumon

Cancers du tube digestif, sein, poumon, hépatocarcinome

Antigènes surexprimés dans les tumeurs

HER2/neu
P53
MUC-1

 

Cancers de l’ovaire et du sein

Lymphomes, cancers du côlon, du sein ...

Certains cancers du tube digestif, sein, ovaire

Antigène résultant de mutations : bcr-abl  

LMC

Antigènes de différenciation spécifiques d’un tissu

PSA
Immunoglobulines

 

Prostate

Lymphome, y compris, LLC, myélome

Antigènes spécifiques de tumeurs

Antigènes E6 et E7 du Papillomavirus
K-ras

 

Col de l’utérus

Côlon, pancréas


LES DIFFÉRENTES APPROCHES THÉORIQUES

LA PRÉSENTATION DES ANTIGÈNES TUMORAUX

Le principe

Contrairement au lymphocyte B qui reconnaît l'antigène dans sa forme native en solution, le lymphocyte T ne reconnaît que des fragments de l'antigène qui lui sont présentés  à la surface des cellules par les molécules du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH).
L’antigène est fragmenté en peptides et est présenté par les molécules du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH) de classe I ou de classe II. Les fragments de l'antigène de
classe II sont reconnus par des lymphocytes T CD4+ (auxiliaire) qui ont une fonction régulatrice d'amplification des réponses immunitaires, et sont capables pour ce faire de sécréter de nombreux médiateurs appelés cytokines. Les peptides de classe I sont eux reconnus par  les lymphocytes T CD8+ (cytotoxique) spécifiques de cet antigène.

Les signaux de co-stimulation

Ces lymphocytes T ne seront activés que si le premier signal (reconnaissance du peptide) est accompagné des signaux dits de co-stimulation transmis par les molécules B7.  Le second signal est délivré au lymphocyte T lors de l’interaction de récepteurs accessoires avec des ligands situés à la surface des cellules présentatrices d’antigènes (CPA) ou encore appelées cellules dendritiques (DC).
Les molécules B7 jouent ce rôle par leur liaison aux récepteurs CD28. En l’absence de ce signal, le lymphocyte devient tolérant à l’antigène. Différentes molécules d’adhésion stabilisent ces interactions.
Le niveau d’expression des molécules de co-stimulation est corrélé à l’état de maturation des cellules dendritiques.

LES MOYENS POUR DÉCLENCHER UNE RÉPONSE IMMUNITAIRE

Les cellules dendritiques (DC ou APC)

Ce sont des cellules hétérogènes tant sur le plan de leur origine hématopoïétique que de leur état de différenciation.

Parmi elles, les cellules dendritiques myéloïdes immatures sont des cellules sentinelles, disséminées dans la plupart des tissus. Ce sont les cellules présentatrices d’antigènes les plus efficaces pour engendrer des effecteurs cytotoxiques spécifiques des cellules tumorales.

Les lymphocytes T CD4+ auxiliaires

C’est dans les aires T d’un ganglion de drainage que se met en place la réponse cellulaire T. L’antigène, présenté par les molécules du CMH de classe II , est reconnu par le récepteur (TCR) des lymphocytes T CD4+, spécifiques de cet antigène.
Les lymphocytes T CD4+ ainsi activés : 

  • Sécrètent des cytokines pro-inflammatoires, en particulier de l’IL-2 nécessaire à leur prolifération
  • Favorisent également la maturation des cellules présentatrices d’antigène (APC/DC) par l’engagement du CD40L.


Les lymphocytes T CD8+ cytotoxiques

Dans certaines conditions, les cellules dendritiques deviennent capables d’activer directement des lymphocytes T CD8+ naïfs. Ce sont les seules cellules présentatrices d’antigène douées de cette capacité, et ceci grâce à leur niveau d’expression des molécules de co-stimulation et de présentation.

Cette activation directe permet d’engendrer une réponse cellulaire cytotoxique protectrice. La lyse de la cellule cible se réalise par un mécanisme de cytotoxicité dépendante de la perforine et des granzymes ou d’induction d’apoptose par la fixation de la lymphotoxine ou du ligand de Fas des lymphocytes T CD8+ sur le récepteur du TNF ou Apo1/Fas respectivement. 


Les vaccins en cours de développement clinique

DE TRÈS NOMBREUX ESSAIS CLINIQUES SONT EN COURS !

Depuis la découverte des premiers antigènes de tumeur, plus de 80 peptides antigéniques ont été caractérisés. Actuellement, une centaine d’essais cliniques de thérapie vaccinale du cancer sont référencés par le NCI ( N ational C ancer I nstitute ).
Il existe plusieurs types de vaccins contre le cancer en cours d’évaluation : 

  • Les vaccins contenant des cellules tumorales tuées
  • Les vaccins contenant des antigènes tumoraux purifiés
  • Les vaccins contenant de l’ADN
  • Les vaccins utilisant les cellules dendritiques


DE TRÈS NOMBREUX SYSTÈMES TESTÉS...


Certains de ces essais utilisent des peptides, seuls ou en association, d’autres utilisent des extraits de tumeur autologue ou de lignées cellulaires sécurisées.
Les antigènes sont, selon les essais, utilisés directement ou après chargement sur des CPA/DC, ou encore en combinaison avec des injections de cellules mononuclées ou de cytokines. 
Ils font l'objet d'essais, principalement de phase 1 et de phase 2, dans des contextes HLA particuliers. Ils sont menés dans pratiquement tous les types de tumeurs.
D’une façon générale, les réponses thérapeutiques à une immunothérapie sont meilleures lorsque celle-ci est proposée à un stade précoce de la maladie.


Les vaccins à partir de cellules tumorales entières atténuées

LES VACCINS AUTOLOGUES

Le principe


Ce type de vaccin utilise les cellules entières de tumeur, contrairement aux vaccins antigéniques qui n’utilisent que certains antigènes spécifiques pour déclencher une réponse immunitaire.
Les cellules provenant de la tumeur d’un patient sont utilisées et transformées grâce à des traitements chimiques ou par thérapie génique (pour inhiber leur effet cancérigène). Ces cellules cancéreuses modifiées, sont réinjectées au patient pour provoquer une réponse immunitaire forte.
Pour amplifier cette réaction du système immunitaire des adjuvants sont utilisés.
Le système immunitaire s’attaquera, alors, à toutes les cellules tumorales présentes dans l’organisme.

Avec fusion cellules dendritiques et de cellules tumorales atténuées

Cette approche représente une alternative intéressante. La fusion de cellules dendritiques et de cellules tumorales autologues avec réinjection au patient semble une approche intéressante car, dans des essais thérapeutiques, il a été observé, dans les cancers rénaux avancés, 30 % de réponses dont 20 % de réponses complètes.

Les vaccins de cellules dendritiques

Les cellules dendritiques sont les cellules spécialisées dans la présentation des antigènes aux cellules immunitaire.
Les vaccins élaborés à partir de cellules dendritiques sont spécifiques pour chaque patient. En effet, on doit prélever dans le sang du patient les cellules dendritiques qui seront ensuite traitées pour proliférer rapidement. Ce procédé est fastidieux et coûteux. Les cellules dendritiques seront ensuite fusionnées avec les cellules tumorales et on obtiendra alors des cellules dendritiques présentant à leur surface les antigènes des cellules tumorales. Ces cellules dendritiques améliorées sont alors injectées au patient. Elles vont alors aider le système immunitaire à reconnaître plus efficacement et de détruire plus rapidement les cellules tumorales.
 

LES VACCINS ALLOGÉNIQUES

Les recherches se portent maintenant sur ce type de vaccin plus universel car il utilise des cellules tumorales provenant d’autres patients.
Les cellules sont mises en culture au laboratoire à partir d’un stock de cellules cancéreuses. Les vaccins sont élaborés par le mélange de cellules tumorales provenant de patients différents. Ces cellules tumorales sont tuées et injectées avec un ou plusieurs adjuvants.



CANCER DU POUMON

Le vaccin anti-MAGE3

Il s’agit vaccin thérapeutique en cours de développement chez des malades présentant un cancer du poumon de stade II ou III et surexprimant le MAGE3.
Les résultats des études de phase 2 sont encourageants mais il faudra attendre la fin des essais cliniques de phase 3 pour savoir si cet espoir se confirme.

Le vaccin MVA-MUC1-IL2

C'est un vaccin développé par la société Transgene. Il est formé à partir de MVA (Modified Vaccinia Ankara) issu du virus de la vaccine très atténuée. Il s’agit d’un vaccin antivariolique et il est capable de provoquer une réponse immunitaire importante contre les antigènes.
Le MUC1 est un antigène associé à de nombreuses tumeurs, ce qui en fait une cible privilégiée pour les vaccins.
Le vaccin MVA-MUC1-IL2 contient l’ensemble de la séquence MUC1 et peut alors induire une réponse immunitaire contre la totalité des épitopes de MUC1.
L'IL2 est là pour stimuler la réponse spécifique des lymphocytes T
La preuve de concept a été apportée dans des essais cliniques de phase 2b récemment publié à l'ESMO.


CANCER DU COL DE L'UTÉRUS

LES VACCINS THÉRAPEUTIQUES

Vaccin contre HPV 16

Il a été réalisé par association de la protéine oncogène E7 de l’HPV 16 à une protéine bactérienne qui est utilisée comme vecteur. Ce vecteur est l’adénylcyclase Cya-A, qui est une des toxines essentielles de Bordetella pertussis. Il est important car il cible les cellules dendritiques qui sont les plus performantes pour présenter l’antigène vaccinal.

Vaccin contre HPV 18

Les mêmes types d'essais ont été réalisés en utilisant, dans ce cas, l’oncoprotéine E7 spécifique de HPV 18. Des résultats significatifs ont également été observés.

Le MVA-HPV16

La société Transgene a également mis au point un vaccin thérapeutique contre l’HPV 16 : MVA-HPV-IL2 qui est en essai de phase 3.

LES VACCINS PRÉVENTIFS

Pour réaliser le vaccin prophylactique, l’utilisation de « DNA-free virus-like particles » (VLP) est privilégiée. Les VLPs sont obtenus à partir de la fusion de protéine de l’antigène de la capside du virus HPV.
Glaxo-Smith-Kline et Sanofi-Pasteur/Merck ont utilisé ce procédé pour mettre au point leurs vaccins, le Cervarix™ et Gardasil™, homologués en Europe et en France pour la prévention du cancer du col de l’utérus

Cliquez-ici Pour en savoir plus, cliquez sur Prévention du Cancer du Col de l'Utérus


Mise à jour

8 février 2011



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