Traitements Traitements systémiques Hormonothérapie
[imprimer la page]LES RÉCEPTEUR HORMONAUX (RH)
Leur présence, leur surexpression ou leur absence déterminent aujourd'hui la stratégie thérapeutique, qu'elle soit chimiothérapique ou hormonale.
De plus, il est important de bien différencier les récepteurs hormonaux avec un niveau d'expression élevé et ceux qui sont, certes positifs, mais avec un niveau d'expression bas, y compris pour définir les protocoles de chimiothérapie car l'on sait bien que la chimiothérapie, notamment chez les N-, marche d'autant mieux qu'il n'y a pas d'expression des RH (ou une expression basse).
LES TROIS TYPES D’HORMONOTHÉRAPIE…
Il existe trois types d’hormonothérapie utilisables dans le traitement des cancers du sein avancés ou en situation adjuvante :
LEUR MODE D’ACTION
Un anti-œstrogène est un médicament qui s’oppose aux effets biologiques
des œstrogènes. C’est un effet anti-hormonal. Il n’empêche pas la
production d’œstrogènes, mais il bloque les récepteurs des œstrogènes
et donc l’action des œstrogènes au niveau des cellules cancéreuses
porteuses du récepteur œstrogène.
L’EFFICACITÉ DANS LE TRAITEMENT DU CANCER DU SEIN ER+
Le
tamoxifène est utilisé depuis 15 ans dans le traitement des cancers du
sein, à la fois dans les formes avancées et comme traitement adjuvant.
Ce
médicament augmente le taux de guérison des femmes qui ont été traitées
pour un cancer du sein qui contient des récepteurs aux estrogènes
(ER+). Il réduit aussi le risque d'apparition du cancer dans l'autre
sein.
LES SERM
Deux
molécules sont commercialisées pour le traitement du cancer du sein. Il
s’agit du tamoxifène (Nolvadex™ et génériques) et du
torémifène (Fareston™).
Ces deux médicaments sont actifs par voie orale
et une seule prise par jour est suffisante.
En
traitement adjuvant, après une intervention pour un cancer du sein, il
est recommandé de prendre ce type de médicaments, tous les jours
pendant 5 ans.
LE SERD
Le fulvestrant (Faslodex™)
est
un médicament injectable.
La dose recommandée est une injection de 250 mg une fois
par mois.
Il est
homologué pour le traitement du cancer du sein, localement avancé ou
métastasé, chez la femme ménopausée possédant des récepteurs aux
œstrogènes positifs, en cas de récidive pendant ou après un traitement
adjuvant par un antiœstrogène ou de progression de la maladie sous
traitement.
LES EFFETS SECONDAIRES DE CES MÉDICAMENTS
Ils résultent principalement de son action agoniste œstrogénique sur certaines cibles. Ce sont :
Ceci explique pourquoi une surveillance du traitement s’impose. Le bilan de suivi habituel comprend :
| Groupes étudiés | Réduction relative du risque de rechute | Réduction relative du risque de décès |
|---|---|---|
| Tamoxifène 1-2 ans | 26,1 % | 28 % |
| Tamoxifène 5 ans | 40,3 % | 24,5 % |
| Absence de chimiothérapie | 35 % | 22 % |
| Association à une chimiothérapie | 35 % | 30 % |
| Absence de ganglions N0 | 43 % | 22 % |
| Présence de ganglions N+ | 37 % | 26 % |
SON RÔLE
C’est
une enzyme, la 19-hydroxylase qui est impliquée dans la production
d'œstrogènes qui sont des hormones féminisantes. Ces hormones sont
synthétisées à partir d'androgènes qui sont des hormones
masculinisantes. Il s’agit principalement de la testostérone et de
l'androstène-dione.
La
synthèse aboutit principalement à la production d'œstradiol et d'œstrone.
De
plus, cette enzyme assure la conversion du cholestérol et des androgènes en œstrogènes au niveau de la glande surrénale et des
tissus graisseux périphériques. Enfin, certaines cellules tumorales
sont capables d'activer la synthèse de l'aromatase.
SA RÉPARTITION
L’aromatase
est présente en grandes quantités dans le placenta et dans les ovaires
avant la ménopause.
Cette enzyme est aussi retrouvée en plus faibles
quantités dans les muscles, le cerveau, le tissu graisseux et le sein.
Les tumeurs cancéreuses du sein contiennent aussi cette enzyme ce qui explique pourquoi cette enzyme occupe une
position clé dans le traitement hormonal de ces cancers. Les traitement vont tendre à l'inhiber pour freiner la production d'œstrogènes.
LEUR MODE D'ACTION
Ces
médicaments bloquent la production des œstrogènes au niveau des tissus
périphériques et tumoraux. En bloquant l'activité de cette enzyme, ils jouent donc un rôle important dans le contrôle de la
régulation de la croissance tumorale œstrogèno-dépendante.
Cette
classe d’hormones est réservée à la femme ménopausée car elle ne bloque
pas, voire augmente l'activité ovarienne.
LES MEMBRES DE CETTE FAMILLE
Les inhibiteurs stéroïdiens de 1
èr
e
génération
Un
seul médicament est commercialisé ; c’est l'aminogluthétimide
(Orimétène
™
). Il s’agit d’un inhibiteur de structure chimique «
non-stéroïdienne » qui appartient à la famille des glutaramides. Ce
médicament fut, à l’origine, développé comme antiépileptique, mais les
essais cliniques durent être arrêtés, en raison de cas d’insuffisance
surrénalienne. C’est en 1969, que Hall publia des cas de réponses
objectives chez des femmes présentant un cancer du sein avancé.
Ce
médicament est efficace dans le traitement de certains cancers du sein.
Il est cependant moins utilisé car il possède aussi une action sur les
hormones surrénaliennes qui nécessite la prescription d'un traitement
substitutif pour prévenir l'insuffisance surrénalienne.
Les inhibiteurs de 2
ème
génération
Un
seul médicament de structure stéroïdienne est disponible. Il s’agit
du formestane (Lantéron™). Ce médicament est actif par voie injectable
intramusculaire.
Les inhibiteurs de 3
ème
génération
Ils
ont été mis au point dans les années 1990. Trois médicaments sont
commercialisés en France. Tous ces médicaments sont prescrits à raison
d’un seul comprimé une fois par jour.
Les médicaments de structure non-stéroïdienne, de type 1, dérivés de l'aminoglutéthimide, sont l’anastrozole (Arimidex™) et le létrozole (Femara™).
Le dérivé de structure stéroïdienne, de type 2, dérivés de l'andostène dione est représenté par l’exémestane (Aromasine™).
LES INDICATIONS
En traitement de seconde ligne
Les
inhibiteurs de l’aromatase se sont révélés plus efficaces que le
megestrol, traitement standard, en termes de réponse et de survie sans
récidive.
En traitement de première ligne
L’essai TARGET avec l’Arimidex™, l’essai de l’EORTC avec l’exémestane et
l’essai international du lestrozole ont tous montré la supériorité de
cette approche thérapeutique, par rapport au tamoxifène, en termes de
recul de la progression de la maladie et probablement en termes de
survie. Dans tous les cas, les anti-aromatases avaient une meilleure
tolérance que le tamoxifène.
EN PRATIQUE…
Les
inhibiteurs de l’aromatase sont devenus un traitement de première
ligne, chez la femme ménopausée, du cancer du sein à un stade avancé
ER+ (traitement de première ligne) ou en cas d’échec d’un traitement
par le tamoxifène, en traitement de seconde ligne.
LES PREUVES SCIENTIFIQUES
Plusieurs
grands essais ont démontré l’intérêt des inhibiteurs de l’aromatase en traitement adjuvant. La a stratégie est différente dans chacun d’eux :
L’étude ATAC
Cet essai a inclus 9 366 femmes : 3 125 ont reçu 1 mg d’anastrozole pendant 5 ans, 3 116 ont reçu 20 mg de tamoxifène et 3 125 l’association des deux.
Les survies sans rechute à 4 ans sont de 86,9 et 84,5 %, respectivement dans le groupe anastrozole et tamoxifène (Réduction du risque relatif de 14 % ; intervalle de confiance à 95 % [IC] = 1 à 24% ; p = 0,03). Le bénéfice est plus marqué dans la population avec récepteurs hormonaux positifs (Réduction relative du risque de rechute 18 % ; IC 95 % = 4 à 30% ; p = 0,014).
La diminution d’incidence du cancer du sein controlatéral est également en faveur de l’anastrozole (Réduction relatif du risque (RRR) de 38 % ; IC 95 % = -62 % à + 2 % 0,38-1,02 ; p = 0,062) ; il est statistiquement significatif dans le groupe avec récepteurs hormonaux positifs (RRR de 44 % ; IC 95 % = 0,32-0,98 ; p = 0,042)
Les données concernant les effets secondaires confirment une réduction, par rapport au tamoxifène, des cancers de l’endomètre (p = 0,007), des leucorrhées et saignements vaginaux (p < 0,001 pour les deux), des accidents cérébraux (p < 0,001), des accidents thromboemboliques (p < 0,001), et des bouffées de chaleur (p < 0,001) dans le bras anastrozole, alors que les troubles musculo-squelettiques et les fractures (p < 0,001 pour les deux) sont moins fréquents dans le bras tamoxifène.
L’essai IES
Cette étude avait pour but de définir si, après 2 à 3 ans, remplacer le tamoxifène par l’exemestane était plus efficace que de continuer le tamoxifène pour la durée restante du traitement, au total 5 ans.
Les femmes traitées pour un carcinome infiltrant du sein avec récepteurs d’œstradiol positifs ou inconnus pouvaient être incluses dans l’essai au cours de leur troisième année de tamoxifène adjuvant. Elles étaient randomisées entre exemestane ou tamoxifène pour le reste des 5 ans.
Au moment de la randomisation, la majorité (97 %) recevait 20 mg de tamoxifène, mais celles qui recevaient 30 mg étaient éligibles.
Un total de
4 742 femmes ont été incluses dans l’essai. Avec un recul médian de 30,6 mois, la seconde analyse intermédiaire dénombre 449 événements (rechute locale ou métastatique, cancer controlatéral ou décès) : 183 dans le groupe exemestane et 266 dans le groupe tamoxifène. La diminution du risque relatif d'événement est de 32 % en faveur de l’exemestane (p = 0,00005), ce qui se traduit par un bénéfice absolu de 4,7 % de survie sans récidive à 3 ans après la randomisation.
Les décès étaient au nombre de 93 dans le groupe exemestane et de 106 dans le groupe tamoxifène. Les courbes de survie ne diffèrent pas de façon significative.
Les cancers controlatéraux étaient moins fréquents sous exemestane (9 contre 20 ; p = 0,038).
Les effets secondaires observés dans le groupe exemestane étaient des arthralgies 5,4 % et des diarrhées 4,3 %.
Le tamoxifène était associé à des symptômes gynécologiques (9,0 %), des saignements vaginaux (5,6 %), des crampes musculaires (4,4 %) et des accidents thromboemboliques (2,4 %).
Les fractures sont retrouvées plus fréquemment avec l’exemestane (3,1 contre 2,3 % ; p = 0,08). Onze cancers de l’endomètre ont été observés chez les femmes qui poursuivaient le tamoxifène et 5 chez celles qui prenaient l’exemestane.
L’essai MA17
L'objectif de l'essai était d'étudier l’effet de 5 ans de létrozole chez la femme ménopausée traitée par tamoxifène adjuvant pour un cancer du sein curable pendant 5 ans. Après 4,5 à 6 ans de tamoxifène ou dans les 3 mois qui suivaient, les femmes pouvaient être incluses dans l’essai pour recevoir du létrozole ou un placebo pour une durée de 5 ans.
Un total de
5 187 femmes ont été incluses avec un recul médian de 2,4 ans.
La première analyse intermédiaire montrait 207 rechutes locales ou métastatiques du cancer du sein ou controlatéral : 75 dans le groupe létrozole et 132 dans le groupe placebo.
Les probabilités de survie sans rechute à 4 ans étaient respectivement de 93 et 87 % (p ≤ 0,001). Les décès étaient au nombre de 31 dans le groupe létrozole et de 42 dans le groupe placebo. Les courbes de survie ne différaient pas de façon significative.
Au vu des résultats de cette analyse intermédiaire, un comité
indépendant a recommandé l’arrêt de l’essai et une rapide communication
des résultats aux participantes.
Les effets secondaires observés dans le groupe létrozole étaient : bouffées de chaleur, arthralgies, myalgies et arthrites. Les saignements vaginaux étaient moins fréquents dans le groupe létrozole. Le diagnostic d’ostéoporose a été porté chez 5,8 % des femmes du groupe létrozole et 4,5 % des femmes du groupe placebo (p = 0,07).
Les fractures sont retrouvées dans 3,6 et 2,9 % des cas (p = 0,24).
Toute
cette classe de médicaments est réservée aux patientes ménopausées
présentant un cancer du sein exprimant le récepteur œstrogène « ER+ ».
Les modalités d’utilisation de ces trois médicaments sont variables,
même s’ils possèdent un mode d’action identique. Le tableau ci-dessous
résume les indications homologuées (AMM), en France, à ce jour.
|
Indications |
Arimidex™ |
Aromasine™ |
Fémara™ |
|
Maladie avancée |
1ère ligne 2ème ligne |
1ère ligne 2ème ligne |
1ère ligne 2ème ligne Après échec du tamoxifène |
|
Adjuvant |
1ère intention Après 2 ou 3 ans de tamoxifène |
- Après 2 ou 3 ans de tamoxifène |
1ère intention - |
|
Néo-adjuvant |
Non |
Non |
Oui |
Les
inhibiteurs de l’aromatase de 2
ème
et 3
ème
générations ont moins
d’effets indésirables que le tamoxifène. Les effets secondaires parfois
rencontrés sont :
POUR LE TAMOXIFENE
La poursuite du tamoxifène au-delà de 5 ans a été étudiée soit par des deuxièmes randomisations dans des essais qui posaient initialement une autre question, soit dans des essais spécifiques. Seuls les premiers ont présenté des résultats.
La seconde randomisation de l’essai NSABP B14 (J Natl Cancer Inst. 2001;93:684)
Elle concernait 1172 femmes qui avaient reçu 5 ans de tamoxifène et étaient indemnes de rechute au terme du traitement. Parmi elles, 593 ont poursuivi le traitement et 579 ont reçu un placebo.
Quatre ans après la seconde randomisation, un avantage sur la survie sans rechute (92 % contre 86 %) et sur la survie globale (96 % contre 90 %) était détecté en faveur des femmes qui avaient arrêté le tamoxifène.
Sept ans après la seconde randomisation, un petit avantage en survie sans rechute (82 % contre 78 %) et survie globale (94 % contre 92 %) était retrouvé chez les femmes qui avaient interrompu le tamoxifène.
La seconde randomisation de l’essai écossais
Elle ne concernait que 342 femmes, 169 ont interrompu le tamoxifène et 173 ont poursuivi le traitement. L’analyse de cette seconde partie de l’essai ne retrouvait aucun bénéfice à la poursuite du tamoxifène.
Les deux essais retrouvaient une augmentation des cancers de l’endomètre liée à la poursuite du tamoxifène.
L’essai TAM01
Il comparait un traitement de 3 ans à un prolongement pour 10 années supplémentaires. Les résultats préliminaires confirmaient la nécessité de poursuivre le tamoxifène jusqu’à 5 ans mais, en l’absence d’analyse à plus long terme, il ne peut répondre à la question posée. Une analyse à long terme est en cours. De même, les essais Atlas et ATTom n’ont pas été publiés.
La méta-analyse de l’EBCTCG (The Lancet, 366: 2087-2106, 2005)
Elle a porté sur 196 essais comportant ou pas de chimiothérapie. Chez les patientes RH+ve, après 5 ans de tamoxifène, à 15 ans :
LES INHIBITEURS DE L'AROMATASE
L’essai MA 17 (New England Journal of Medicine 2003;349:1793-1802)
Il a été réalisé pour étudier l’effet de 5 ans de létrozole après 5 ans de tamoxifène en traitement adjuvant. Il a été le premier à montrer une réduction des rechutes avec la poursuite d’une hormonothérapie au-delà de 5 ans.
Il s’agit d’un changement d’hormonothérapie et non de la poursuite du même traitement, l’hormonothérapie initiale était le tamoxifène et non pas un inhibiteur de l’aromatase.
Des
essais comparatifs de traitement préventifs du cancer du sein par
tamoxifène ou raloxifène pendant 5 ans chez des patientes présentant un
risque élevé de cancers de développer la maladie (contexte familial,
antécédents d'intervention pour hyperplasie atypique, néoplasie
lobulaire in situ, ou cancer canalaire in situ) ont montré une
diminution de l'ordre de 40 à 50 % du taux d'apparition de cancers
invasifs à 5 ans et 10 ans de recul chez les patientes traitées.
Soulignons,
qu’à ce jour, en France, ni le tamoxifène ni le raloxifène n'ont
d'autorisation de mise sur le marché dans cette indication.
DE QUOI S'AGIT-IL ?
Le
métabolisme des hormones sexuelles fait intervenir plusieurs hormones,
dont l'aromatase, présentée dans le chapitre précédant.
Une
autre enzyme, la sulfatase stéroïdienne (STS), aurait un rôle important
dans la synthèse des œstrogènes dans le cancer du sein. Cette enzyme
permet l'hydrolyse des stéroïdes sulfatés (DHEAS et le sulfate d'œstrone)en stéroïdes non sulfatés (DHEA et œstrone) qui
deviennent, alors, biologiquement actifs.
A partir de cette constatation, des chercheurs ont récemment mis au
point des molécules susceptibles de bloquer cette production
d'œstrogènes.
LES INHIBITEURS DE LA STS
Plusieurs
molécules actives par voie orale, dont le STX64 , font l'objet de
recherches cliniques pour le traitement des cancers avancés du sein, de la prostate et de l'endomètre.
6 janvier 2012