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Le terme "thérapie ciblée » désigne des médicaments dirigés contre des cibles moléculaires : récepteurs, gènes ou protéines impliquées dans les voies de signalisation intracellulaires jouant un rôle dans la transformation des cellules normales en cellules cancéreuses ou dans le développement des tumeurs malignes.
Par opposition aux médicaments de chimiothérapie traditionnelle qui s’opposent, globalement, à la multiplication des cellules, les médicaments de thérapie ciblée visent les mécanismes intimes de la cancérisation des cellules.
DE QUOI S’AGIT-IL ?
De nombreux travaux expérimentaux et cliniques sont en cours dans le monde pour préciser le rôle de cette nouvelle classe de médicaments dits « ciblés ». Ces médicaments bloquent les récepteurs des facteurs de croissance cellulaire, comme le récepteur à tyrosine kinase et pourraient entraver le développement des cellules tumorales.
L’ERLOTINIB (TARCEVA™)
Un inhibiteur de l’EGFR
C’est un inhibiteur de la tyrosine kinase du récepteur de type 1 du facteur de croissance épidermique humain « EGFR ». L’erlotinib est un inhibiteur de la phosphorylation intracellulaire de l’HER1/EGFR. Ce récepteur est exprimé à la surface des cellules normales et peut être surexprimé pour les cellules malignes.
Des essais sont programmés dans le traitement du cancer de l’ovaire avancé avec l’erlotinib (Tarceva™) et le geftinib. Ils testeront ces molécules en association avec une chimiothérapie conventionnelle, à base de sel de platine.
Son utilisation, en pratique…
La posologie quotidienne de Tarceva™ est de 150 mg, à prendre au moins une heure avant ou deux heures après un repas.
Les effets secondaires sont, le plus souvent, assez faciles à contrôler, mais peuvent être assez handicapantes car il s'agit d'un traitement souvent prolongé. On peut observer des diarrhées, des éruptions cutanées de durée variable, pouvant intéresser tout le corps, parfois véritable acné' du visage et du corps, plus rarement, des céphalées, des mucites.
L’essai TARCEVA™
Il compare l’administration d’erlotinib à un suivi strict chez des patientes à haut risque, ne présentant aucun signe d’évolution de la maladie après une première ligne de chimiothérapie.
LE BEVACIZUMAB
(AVASTIN™)
Le médicament
C’est un anticorps monoclonal humanisé, d’où le suffixe
zumab
, produit par génie génétique et dirigé contre le VEGF.
La neutralisation du VEGF, secrété par les cellules tumorales, bloque le
développement des cellules endothéliales, cellules constituant la paroi
interne des vaisseaux sanguins.
Plusieurs études en association avec la chimiothérapie conventionnelle
ont montré l'intérêt de cette molécule.
Des études sont en cours pour
confirmer les résultats des études de
Phase 2
.
L'essai de maintenance
Cette étude récemment publiée a porté sur 1.873 femmes, ayant
préalablement subi une intervention
chirurgicale afin d’éliminer au maximum les tissus cancéreux qui ont
ensuite reçu l'un des trois traitements
suivants :
Les résultats ont montré une augmentation significative du temps sans
progression de la maladie de plus de 4 mois pour les patientes ayant
reçu un traitement par l'AvastinTM complet (initial + maintenance)
ARCAGY - GINECO : l’essai ICON 7
Cet essai à c
omparé l’association
classique CarboTaxol
™
, à un protocole auquel est ajouté
du
bévacizumab (Avastin™), en première ligne chez des malades à un stade
précoce de la maladie.
Les résultats publiés en janvier 2012, ont montré que l'adjonction de
bévacizumab permettait d'allonger significativement la durée de rémission de la maladie, surtout chez les patientes à haut risque de rechute.
LES INHIBITEURS
DE LA TYROSINE KINASE
Le pazopanib (Armala/Patorma™)
C’est un nouvel inhibiteur de tyrosine kinase bloquant la famille
VEGFR, PDGFR, KIT et FLT3, administré par voie orale à 400-800 mg/j.
Il est en phase 3 de développement pour le traitement de maintenance
des cancers de l'ovaire.
Le vargatef (BIBF-1120)
C'est un inhibiteur de la tyrosine kinase qui bloque l'activité du
VEGFR, du PDGFR et du FGFR actif par voie orale à la dose de 200 mg en
deux prises par jour.
Les résultats, en Phase 2, comme traitement de maintenance après un
traitement de la rechute, sont positifs et la tolérance de la molécule
correcte.
Des études de Phase 3 vont débuter pour confirmer ces résultats
préliminaires.
Le vatalanib
C'est aussi un inhibiteur multikinase (inhibe plusieurs sous-types d'enzymes) active par voie orale.
Cette molécule est en Phase 2 de développement.
D'autres molécules
Des travaux de recherche clinique sont en cours avec le cédrinib, le suntinib et le sorafenib. Ces deux dernières molécules sont déjà homologuées pour d'autres indications.
LA LÉTALITÉ
SYNTHÉTIQUE
Une tentative de définition
C'est une
interaction génétique où la combinaison de mutations entre deux ou plusieurs
gènes conduit à la mort cellulaire. Le principe repose sur le fait qu'une
cellule présentant deux mutations, viables individuellement à l'état homozygote,
deviennent sont létales en conjonction. De ce fait, la létalité synthétique
indique généralement que les deux gènes interviennent dans un processus
similaire. Elle se pose ainsi que lorsqu'une association de mutations de gènes
impliquant deux ou plusieurs gènes conduit à la mort cellulaire, alors qu'une
mutation dans un seul de ces gènes ne l'est pas.
Les cassures de l'ADN
Les cassures de l'ADN sont très fréquentes à l'état normal et
sont, en général réparée. Si les cassure d'un double brin (
dsb
-
double
strand breakdown
) sont les plus dangereuses pour la vie de la cellule,
les cassures simple brin (
ssb -
single strand breakdown
) sont
les plus
fréquentes.
La réparation des cassures de
l'ADN
Elle fait intervenir deux acteurs,
LES INHIBITEURS
DE PARP ET LA LÉTALITÉ SYNTHÉTIQUE
Le principe : induire une apoptose
Les
dommages affectant une branche d'ADN (
ssb
) spontanés ou induits, sont convertis en une atteinte affectant les deux
branches d'ADN (
dsb
) lors du passage
de la fourche de replication lors de la division cellulaire.
Dans les
cellules normales, non mutées, la recombinaison homologue, médiée par le gène
BRCA, normalement prend en charge ce type de dommage. Dans ce cas, si on ajoute
un inhibiteur du PARP1, inhibiteur du système de réparation BER (Base Excision
Repair), rien ne se passe. Il en va de même lorsque l'on laisse intacte la voie
du BER.
En revanche, dans les cellules présentant une mutation BRCA1 ou
BRCA2, en présence d'un inhibiteur de PARP1, la recombinaison homologue est
déficiente ce qui entraîne un arrêt du cycle cellulaire en G2/M conduisant à
l'apoptose.
Son intérêt comme cible
Cibler la PARP, souvent surexprimée
dans les cancers du sein triple-négatifs, est une stratégie intéressante,
d’autant plus qu’un effet synergique avec les médicament à base de sels de
platine ou la gemcitabine a été mis en évidence dans des modèles
expérimentaux..
LES MOLÉCULES EN
DÉVELOPPEMENT
Un petit retour en arrière...
Les premiers inhibiteurs ont été synthétisés dans
les années 1980 comme médicaments chimio-sensibilisant. La première génération a
été développée à partir du nicotinamide et et de ses analogues (3AB). Ces
produits se comportaient comme des inhibiteurs compétitifs. Les nouvelles
molécules sont plus spécifiques.
L'olaparib
(AZD-2281)
C'est un inhibiteur sélectif des PARP-1 actif par voie
orale.
Dans un essai de Phase 1, à la dose de 400 mg en deux prises jours et
ben cycle de 28 jours, des taux de réponse de 28 % ont été noté chez des
patientes présentant une mutation
BRCA
et une maladie avancée en rechute.
Un essai de Phase 2 a confirmé ces
résultats (taux de réponse 33 % - durée de la réponse 9 mois), en particulier en
cas de résistance au platine.
La tolérance est acceptable. Seules des
nausées et de la fatigue ont été rapportées.
9 janvier 2012