Selon le stade

Le traitement des cancers différenciés courants

PREMIÈRE ETAPE : LA CHIRURGIE

Cancer de type papillaire 

La thyroïdectomie totale

Le groupe de CONSENSUS Français recommande une thyroïdectomie totale systématique. La

lobo-isthmectomie n'est pas complètement satisfaisante. De fait, elle implique des contraintes de surveillance du lobe restant et les études ont montré la fréquence des micronodules controlatéraux (dans 30 % des cas). De plus, cette technique rend impossible l’administration d’un traitement complémentaire par l’iode 131.
L'intervention est complété d’un curage ganglionnaire cervical homolatéral (u même côté) : récurrentiel et sus-claviculaire systématique, jugulo-carotidien haut si le précédent est positif ou si il y a des adénopathies palpables dans cette région.

Une chirurgie plus limitée

Les experts de l’ATA (American Thyroid Association) considèrent qu’une simple lobectomie peut être appropriée dès lors que le cancer est à très bas risque (nodule malin isolé de petite taille, inférieure à 1,5 cm, bien localisé, sans caractère histologique péjoratif, âge < 45 ans).

Cancer de type vésiculaire 

En général

Le traitement de première intention est une thyroïdectomie totale, complétée par un traitement à l’iode 131 (totalisation isotopique) pour détruire d'éventuels reliquats tumoraux et en raison du plus grand risque de métastases à distance. Ce traitement adjuvant est effectué 4 à 6 semaines après l’opération.
Le curage ganglionnaire est effectué seulement en cas de découverte d’adénopathies suspectes durant l’opération. Le risque d’envahissement ganglionnaire est inférieur à 20 %.

Dans le cas d’une petite tumeur

La totalisation n'est plus systématique, en présence d’une tumeur T1 de moins de 20 mm, chez un sujet de moins de 45 ans, si le lobe controlatéral est échographiquement normal et s’il n’existe pas d’adénopathie à l’échographie.

SECONDE ETAPE : LA TOTALISATION (DESTRUCTION DES RELIQUATS) ISOTOPIQUE A L'IODE 131 

L'objectif

Ces cancers conservent des propriétés de la cellule thyroïdienne normale. Ils sont hormonodépendants vis-à-vis de la TSH et ont la particularité de fixer l’iode radioactif.

Le principe

S'il y a eu thyroïdectomie totale, le geste chirurgical est complété par une destruction (totalisation) isotopique à l’iode 131 des reliquats tumoraux. Dans ce cas, la dose administrée est  de 100 mCi.

En pratique

Cette irradiation se fait généralement un mois après la chirurgie, sans avoir donné de traitement substitutif. Cette absence de traitement substitutif induit une hypothyroïdie avec un taux de TSH élevée, ce qui stimule la captation de l’iode par les résidus cervicaux et les éventuelles métastases car les cellules tumorales sont généralement sensibles à la TSH.

TROISIÈME ETAPE : TRAITEMENT FREINATEUR PAR LA LEVOTHYROXINE

L'objectif

Ce traitement est mis en œuvre pour empêcher la stimulation de la croissance d’éventuelles micro-métastases qui possèdent généralement des récepteurs à la TSH.

Le principe

Le traitement chirurgical et/ou isotopique est suivi d’un traitement médical freinateur par lévothyroxine. Il s’agit administrer de la lévothyroxine non pas seulement à une dose substitutive qui remplace la sécrétion thyroïdienne après thyroïdectomie, mais à une dose suffisante pour freiner la sécrétion de TSH (TSH <0,1 uUI/ml). De fait, on donne une dose légèrement supérieure à la dose substitutive ce qui permet d'induire une thyrotoxicose périphérique très modérée avec un amaigrissement, contrastant avec l'augmentation de l'appétit ; une tachycardie régulière à 100.

En pratique

Les objectifs sont d’avoir une TSH <0,1 uUI/ml avec un taux de T4 libre à la limite supérieure de la normale, ou un taux de T3 libre normale. La dose nécessaire de lévothyroxine varie de 1,8 à 2,4 ug/kg/j.

Les effets indésirables du traitement freinateur

Ils sont modestes : légère augmentation de la fréquence cardiaque, ce qui augmente cependant le risque de fibrillation auriculaire. Il y a également un certain risque d’ostéoporose. 

Les trois étapes du traitement

PREMIÈRE ETAPE : CHIRURGIE (ABLATION DE LA TUMEUR ± CURAGE GANGLIONNAIRE

SECONDE ETAPE : TOTALISATION (DESTRUCTION DES RELIQUATS) ISOTOPIQUE A L'IODE 131 (IRATHERAPIE) DANS CERTAINS CAS

TROISIÈME ETAPE: TRAITEMENT FREINATEUR PAR LA LEVOTHYROXINE

Le traitement des formes rares

EN CAS DE CARCINOME MÉDULLAIRE

La chirurgie est le seul traitement efficace de cette forme de la maladie. Elle doit être plus large et comprendre :

  • Une thyroïdectomie totale
  • Un curage ganglionnaire jugulo-carotidien et spinal
    • Du même côté (homolatéral) en cas de cancer unilatéral de moins de 2 cm
    • Bilatéral, dans tous les autres cas, notamment en cas d’examen extemporané positif du curage central.

 EN CAS DE CARCINOME ANAPLASIQUE 

C'est une urgence thérapeutique.
Afin d’éviter une détresse respiratoire, on effectue si possible une thyroïdectomie palliative de désobstruction, le geste étant assez souvent limité à une trachéotomie.

La chirurgie est suivie d’une association radiothérapie-chimiothérapie. Seule la combinaison de plusieurs modalités thérapeutiques peut améliorer le contrôle local.

EN CAS DE LYMPHOME THYROÏDIEN

Dans les formes limitées à la thyroïde, le traitement est habituellement la thyroïdectomie totale suivie ou non d’une radiothérapie externe sur le cou et le médiastin.
Lorsque la tumeur franchit la capsule thyroïdienne et/ou en cas d’extension ganglionnaire, le traitement un associe une chimiothérapie et une radiothérapie externe.

DANS TOUS LES CAS

Une hormonothérapie substitutive de l’hypothyroïdie induite par le ou les traitement sera instituée.

Critères d'une rémission complète

Thyroglobuline < 1 ng/mL, sous stimulation et/ou < 0.2 ng/mL sous hormonothérapie

Absence d’anticorps anti-thyroglobuline

Echographie cervicale normale

Le traitement des rechutes

LE CONTEXTE

Votre cas a été identifié au cours d'une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) de composition multidisciplinaire (endocrinologue, médecin nucléaire, chirurgien, anatomo-pathologiste, biologiste, radiologue, oncologue et radiothérapeute). Vous pourrez être alors dirigés vers un centre de compétence et pris en charge par le réseau des Tumeurs Thyroïdiennes Réfractaires (TUTHYREF).

LA RECHUTE EST DITE "LOCORÉGIONALE" 

Les récidives cervicales surviennent dans 10 à 15 % des cas mais pouvant atteindre 35 % des cas chez les patients considérés à risque élevé. Elles sont localisées dans les ganglions cervicaux pour 80 % des cas.
Dans ce cas le traitement est chirurgical. Il est complété par un traitement par l’iode 131. Ce traitement sera éventuellement associé à une radiothérapie externe, s’il n’y a pas de fixation de l’iode radioactif.

IL S'AGIT DE MÉTASTASES À DISTANCE

Elles surviennent chez environ 10 % des patients

Elles affectent les poumons et /ou les os du squelette. Une fixation d’iode 131 est observée chez les deux tiers des patients ayant des métastases.

Leur traitement

Chez ces patients, un traitement par l’iode 131 (3,7 à 5 GBq) est administré tous les 4 à 6 mois jusqu’à la disparition de toute anomalie.
En cas de métastase osseuse unique, une opération est envisageable ou une radiothérapie externe.
Une chimiothérapie pourra vous être proposée, en cas de métastases rapidement évolutives ne fixant pas l’iode 131.

Les résultats

Une rémission complète est obtenue chez la moitié des patients dont les métastases fixent l’iode 131.
Plus de 40 % des patients sont en vie 10 ans après la découverte des métastases. Le pronostic est encore meilleur chez les sujets jeunes ayant une tumeur différenciée et dont les métastases sont petites lors se leur découverte et si elles fixent l’iode 131.

LES THERAPIES CIBLEES

Lorsque les métastases sont disséminées et évolutives, vous pourrez bénéficier des progrès thérapeutiques récents que représentent les thérapeutiques moléculaires ciblées qui permettent d’obtenir des stabilisations, parfois prolongées, dans 30-50 % des cas.
Dans tous les cas, il faut maintenir un traitement de LT4 à dose frénatrice

  • Cancers médullaires avancés / métastatiques : vandétanib (Caprelsa™) oral 300 mg/j
  • Cancers différencié avancés / métastatiques résistants à l’iode radioactif : sorafenib 800 mg/j
  • Cancer anaplasiques : habituellement : doxorubicine 60 mg/m² + cisplatine 70 mg/m² tous les 21 jours ou paclitaxel IV hebdomadaire
  • Cas particuliers
    • Crizotinib (Xalkori™) serait utile pour le traitement des cancers anaplasiques avec mutation de ALK folliculaire, médullaires ou papillaires avec mutation de MET
    • Vemurafenib (Zeboraf™) ne serait efficace que pour les cancers de la thyroïde avec mutation BRAF V600

Vous êtes enceinte…

LE CANCER EST DÉCOUVERT PENDANT LA GROSSESSE

Ce n’est pas une situation tout à fait exceptionnelle car il concerne, environ, une femme enceinte sur 1 000.
L’absence d’agressivité particulière de la maladie durant la grossesse explique pourquoi les spécialistes tendent à différer, si possible l’opération après l’accouchement.
Dans tous les cas, le traitement par l’iode 131, s’il est indiqué, se fait après l’accouchement et la période d’allaitement.

VOUS ÊTES EN TRAITEMENT ET VOUS ÊTES ENCEINTE

La grossesse chez une femme ayant eu un cancer de la thyroïde ne pose pas de problème majeur. Il ne semble pas, non plus, exister de risque, notamment génétique, pour le fœtus.
Cependant, il est fortement recommandé d’attendre, au moins, un an après un traitement par l’iode 131 avant d’envisager une grossesse.
Le traitement freinateur par L-thyroxine est maintenu durant la grossesse, mais nécessite souvent une modification, à la hausse, des doses de médicaments généralement dès le 2 ème mois pour maintenir le taux de T4 libre dans le tiers supérieur de la zone normale.
Un contrôle du bilan hormonal thyroïdien sera pratiqué dès le premier trimestre et répété tous les deux mois.
Après l’accouchement, le traitement antérieur à la grossesse est repris.

Le cas des microcancers papillaires

LE CONTEXTE

Ce sont des tumeurs dont la taille est inférieure à 1 cm
Elles très fréquemment rencontrées et leur incidence augmente avec l'âge. son incidence est estimée à 5 à 36 % de la population générale.
En cas d'absence d'atteinte ganglionnaire et/ou de métastases à distance, une simple surveillance est l'attitude habituelle. Cette attitude est dictée par leur faible récurrence (1 à 5 %) comparée aux risques éventuels de la chirurgie (1 à 3 %). De plus la mortalité liée à ces microtumeurs est estimée, pour les tumeurs palpables à moins de 0,4 %.

LES CRITÈRES

Trois conditions doivent être remplies pour proposer une "surveillance active"...

  • L'absence  d'atteinte des ganglions à l'examen clinique
  • L'absence de signes d'extension de la maladie lors de l'examen échographique
  • Un nodule situé à distance du nerf récurrent et de la trachée 

 LA SURVEILLANCE ACTIVE

Le diagnostic est établi grâce à une biopsie réalisée à l'aiguille fine. La surveillance "active", si vous avez plus de 40 ans, consistera, en plus de l'examen clinique, en des échographies programmées tous les 6 ou 12 mois. 

@ Source : Lancet Diabetes Endocrinology 2016;4:933–42

Mise à jour

16 juillet 2022