Traitements Traitements systémiques Thérapies ciblées
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UNE KINASE
Ce terme est composé à partir du grec
kineîn,
« mettre en mouvement », et de -ase, élément indicatif de la fonction enzymatique.
Il désigne toute enzyme catalysant une réaction de phosphorylation.
Il existe 518 kinases dans le génome humain (kinome).
LES TYROSINES KINASES
Ce sont des enzymes capables de phosphoryler une (des) tyrosine(s) dans une protéine selon la réaction chimique :
LES ANTICORPS MONOCLONAUX
Les
anticorps
monoclonaux
sont de grosses molécules actives par voie injectable.
Ils bloquent le domaine extra-cellulaire du récepteur et provoquent son internalisation dans la cellule. On pourrait, par analogie, dire qu’ils bouchent le trou de serrure ou font disparaître la serrure…. Il s’agit, par exemple, du :
LES INHIBITEURS DE LA TYROSINE KINASE
Ce sont des petites molécules
chimiques actives par voie orale et qui agissent sur le domaine intracellulaire du récepteur. Les
inhibiteurs de la tyrosine kinase bloquent, à l’intérieur de la cellule,
une enzyme qui est associée au récepteur de l’EGF. Elles demeurent
actives lorsqu’un ligand est fixé sur le récepteur. Pour reprendre
l’image précédente, ils empêchent la clé de bouger le pêne de la
serrure et la porte ainsi ne peut plus s'ouvrir.
Au cours des années 1970...
La génistéine,
extraite du soja, fut le premier composé sélectionné par criblage, à montrer une activité inhibitrice de la kinase associé au récepteur de l'EGFR. Par la suite, certains composés naturels ont montré leur capacité à inhiber
l'activité de kinases
in vitro
de
certaines cellules comme la staurosponine ou la quercetine.
En dépit d'une bonne sélectivité et spécificité sur des
récepteurs à tyrosine kinase (RTK) isolés, ces molécules se sont révélées par la suite être
inactives en clinique.
A la fin des
années 1980...
Les chercheurs sont parvenus à synthétiser des
analogues structuraux de ces composés naturels pour avoir des molécules actives
in vivo
. Cette recherche à permis la
synthèse du Glivec™
.
À partir des années 1990...
La
découverte d'une nouvelle classe inhibant les tyrosines kinases, les
4-anilino-quinazoline a permis la mise au point de nombreuses molécules
actives.
Plusieurs
molécules, en « inib », sont maintenant commercialisées dont, par exemple,
l'erlotinib ou Tarceva™, le
géfitinib ou Iressa™ et le
lapatinib ou Tykerb/Tyverb™.
LE CETUXIMAB
(ERBITUX™)
Ce que c’est…
C’est un anticorps monoclonal chimérique (d’où le suffixe
ximab
) de
la catégorie des immunoglobulines IgG1 qui cible le récepteur de l’EGFR
ou ErbB1, HER1.
L’anticorps monoclonal inhibe la capacité de l’EGFR à stimuler
l'activation de la tyrosine kinase. Ce blocage entraîne une inhibition
de la croissance tumorale en entravant les effets de l'activation du
récepteur EGFR, notamment l'invasion tumorale et les métastases, la
réparation cellulaire et l'angiogenèse.
Son efficacité
Ce médicament représente une avancée importante dans le traitement de certains cancers ORL et des cancers colorectaux métastatiques.
Dans cette dernière indication, Erbitux™ ralentit la progression de la maladie de plus de 4 mois et
réduit la taille des tumeurs d'au moins 50 % chez 23 % des sujets. De
plus, les équipes de recherche ont observé la stabilisation ou
l'amélioration de l'état plus de la moitié des patients.
Les indications officielles
Erbitux
TM
est indiqué dans le traitement des patients présentant un cancer colorectal métastatique avec gène
KRAS
de type sauvage exprimant le récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR) :
Erbitux
TM
est indiqué dans le traitement des patients présentant un carcinome épidermoïde de la tête et du cou en association avec :
En pratique…
C’est un médicament qui s’administre en perfusion de 400 mg/m² puis à
250 mg/m² toutes les semaines.
Sa tolérance est, en général, bonne. On peut, cependant observer des
éruptions cutanées rappelant des poussées d’acné, des modifications des
ongles et des cheveux.
LE PANITUMUMAB (VECTIBIS™)
Généralités
C’est un anticorps monoclonal humain, d’où le suffixe
mumab
, bâti à
partir d’une immunoglobuline de type IgG2, donc mais dénué d’activité
ADCC. Il est produit par génie génétique et dirigé contre l'EGFR.
Les indications en France du médicament
Le Vectibix
TM
est indiqué en monothérapie pour le traitement des patients atteints de cancer colorectal métastatique exprimant l'EGFR et présentant le gène
KRAS
non muté (type sauvage), après échec des protocoles de chimiothérapie à base de fluoropyrimidine, oxaliplatine et irinotécan.
Son administration
Il s’administre en perfusion intraveineuse de 60 minutes. La dose
recommandée est de 6 mg/kg tous les 14 jours.
La tolérance
Elle est généralement acceptable. Les effets secondaires possibles,
mais rares, seront, de toute façon, anticipés par l’équipe soignante. Il
peut s’agir :
d’éruption cutanée, des diarrhées, un état de fatigue et des réactions lors de l’injection du médicament.
LE PERTUZUMAB (OMNITARG™)
C’est un anticorps monoclonal humanisé de type IgG1 ciblant aussi
l’ErbB2 qui pourrait, contrairement à l’Herceptin™, inhiber les
hétérodimérisations. Il pourrait ainsi être plus actif en cas de faible
expression d‘ErbB2.
Il est en phase 3 de développement dans le traitement des cancers du
sein HER2+ et l’ovaire.
Pour le traitement du cancer du pancréas, le Tarceva™
, en association à la gemcitabine, est indiqué dans le traitement du cancer du pancréas métastatique.
En pratique…
La posologie quotidienne de Tarceva™ est de 150 mg,
à prendre au moins une heure avant ou deux heures après un repas.
Les effets
secondaires sont, le plus souvent, assez faciles à contrôler, mais peuvent être
assez handicapants car il s'agit d'un traitement souvent prolongé. On peut
observer des diarrhées, des éruptions cutanées de durée variable, pouvant
intéresser tout le corps, parfois véritable acné du visage et du corps, plus
rarement, des céphalées, des mucites.
LE GEFITINIB (IRESSA™)
La molécule
Le géfitinib ou Iressa™ est une petite molécule
inhibitrice sélective de la tyrosine kinase du récepteur du facteur de
croissance épidermique.
Ce traitement n'est utile que pour les patients
ayant une tumeur avec mutations activatrices de la tyrosine kinase de l'EGFR.
Aucune activité clinique significative n'a été montrée chez les patients ayant
une tumeur sans mutation de l'EGFR.
Son indication précise
Iressa
™
est indiqué dans le traitement du cancer
bronchique non à petites cellules localement avancé ou métastatique avec
mutations activatrices de l'EGFR-TK.
La tolérance
Les problèmes dermatologiques sont habituels et
communs à cette classe de médicaments.
LES AUTRES MOLÉCULES EN
DÉVELOPPEMENT
Tous ces
médicaments sont actifs par voie orale. Ils auraient la propriété de bloquer
tous les sous-types de récepteur du facteur de croissance épidermique, d’où le
nom de pan-erb.
Le canertinib (CI-1033)
C'est
un inhibiteur irréversible de l’EGFR, de l’ErbB2 et de l’ErbB3 actif par voie
orale.
Ce médicament est en phase
3 de développement pour le traitement des cancers du sein, de la sphère ORL et
des cancers du poumon non à petites cellules.
Le pelitinib (EKB569)
C’est
un inhibiteur spécifique et irréversible de l’activité TK de l'EGFR actif par
voie orale.
Il s'administre
pendant 14 jours consécutifs tous les 28 jours, sa toxicité limitante est la
diarrhée. À la dose recommandée, 75 mg/j, 14/28 jours, la molécule est bien
tolérée avec toutefois la survenue de diarrhées et de rashs acnéiformes, nausées
et vomissements, mucite, anorexie, ces effets indésirables étant tous
d’intensité modérée.
Il est
développé dans un premier temps, pour le traitement des cancers colorectaux et du poumon métastasés.
LE CONTEXTE
Le traitement en monothérapie par le tratuzumab (Herceptin
™)
n’entraine que peu ou pas d’effets secondaires cutanés. A l'opposé, les problèmes cutanés sont assez nombreux avec les médicaments anti-EGFR.
Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer cette différence. Les kératinocytes cutanés expriment de manière concomitante l’EGFR et l’HER2 mais l’intensité de leur expression est différente. L
'HER-2
est faiblement exprimé par les kératinocytes basaux alors que l’EGFR y est fortement exprimé ainsi que sur les kératinocytes des infundibulums folliculaires. Ceci explique probablement en partie l’absence de modification cutanée sous anti-HER2. De plus, l’EGFR joue un rôle important dans les mécanismes contrôlant l’homéostasie de la peau, alors que l’HER-2 est moins impliqué dans ces phénomènes.
LES EFFETS SECONDAIRES
Leur tolérance de ces médicaments est, en général, bonne, néanmoins, on peut
observer les effets secondaires suivants :
|
Type
|
MoléculeS |
CibleS |
IndicationS |
HOMOLOGATION |
|
Anticorps monoclonaux
|
Herceptin™
Erbitux™ Vectibis™
Pratuzumab
|
Erb-B2
EGFR
EGFR
EGFR |
Sein
Côlon
, ORL
Côlon
Rein |
OUI
OUI
OUI
Phase 3 |
|
Inhibiteurs de tyrosine kinase
|
Tarceva™ Iressa ™
Tykerb™ Canertinib Pelitinib
|
EGFR
EGFR
EGFR/Erb-B2 EGFR/Erb-B2
EGFR
|
Poumon, pancréas
Poumon
Sein, estomac
Poumon, côlon Côlon, poumon
|
OUI
OUI
OUI Phase 3
Phase 2
|
12 janvier 2012