Dermatologiques

LA PEAU SÈCHE (xérose) ET LES FISSURES…

QUAND ?

C’est très fréquent et en termes scientifiques on parle de xérodermie. Ce problème se rencontre plus volontiers avec les thérapies ciblées, comme le bévacizumab, le cétuximab, l'erlotinib, le panitumumab ou le sorafénib.

QUE FAIRE ?

Des moyens simples à mettre en œuvre vous aideront. Tout d’abord, utilisez des émollients. Si vous souffrez de crevasses ou de fissures cutanées, parlez-en à votre médecin qui pourra alors vous prescrire :

  • Une pommade très émolliente, comme la pommade au bépanthène
  • Un pansement protecteur mince de type Comfeel™
  • En cas de surinfection par un germe, un traitement à base d’antibiotiques locaux, à type pommade à l’acide fucidique, vous sera proposé

LEs SYNDROMEs MAIN-PIED

LE CONTEXTE

Avec la chimiothérapie classique

Ce syndrome est appelé érythème acral ou erythrodysesthésie palmo-plantaire. C'est une réaction inflammatoire qui se se caractérise par une fragilisation des microvaisseaux et développe aux mains et aux pieds.
Il se caractérise par l'apparition, aux pieds et aux mains, d'une rougeur, d'un gonflement, d'une sécheresse de la peau et de petites bulles (cloques).
Il débute, le plus souvent, 2 à 3 mois après le début du traitement.
Il est médicament, dose et durée d’exposition dépendant et se rencontre avec les classes de médicaments suivantes :

  • Le 5-FU, l’UFT™ et le Xéloda™, surtout
  • Les anthracyclines, adriamycine, épirubicine contenue dans les protocoles de type FEC
  • Les taxanes, Taxol™ et Taxotère™
  • La cytarabine

On décrit 3 grades de sévérité.

Avec les thérapies ciblées

Il s'observe avec le  sunitinib (Sutent™) dans 15 à 20 % des cas et surtout avec le sorafénib (Nexavar™), dans 30 à 60 % des cas.
Il apparaît dès le début du traitement dans les deux à trois premières semaines. Il est différent du syndrome main-pied observé avec la chimiothérapie classique.
Il est hyperkératosique. L'hyperkératose (ou kératose ) est un épaissement corné plus large qu'épais. La peau est alors rugueuse et dure au toucher. Les lésions sont assez bien limitées à type de cornes sur les zones de pression et de frottement (talons, têtes des métatarsiens, zones de frottement des chaussures).

QUE FAIRE ?


Globalement


Avant le traitement, prévoyez de voir votre pédicure pour qu’il soigne vos pieds. Ensuite, vous devez éviter les douches et bains très chauds, les expositions à la chaleur, les frottements et les traumatismes des mains.
Si les symptômes apparaissent, il faut agir dès les premiers symptômes, avertissez votre médecin, en attendant, faites les gestes suivants :

  • Trempez les mains et les pieds dans de l’eau fraîche, voire appliquez de la glace sur la paume et la plante des pieds
  • Restez mains et pieds découverts dans la mesure du possible
  • Appliquez des crèmes de protection sur les zones touchées

Votre médecin pourra vous proposer les solutions suivantes :

  • Le port de gants réfrigérants
  • L'utilisation de crèmes à base de corticoïdes, nécessitant, parfois, une occlusion (port de gants la nuit après l’application de la crème)
  • L'emploi d'émollients à base ou non d’urée comme le Xérial™ à 30 ou à 50 % ou de la vaseline salicylée
  • Un traitement par vitamine B6 ou par le célécoxib (Celebrex™), surtout avec le Xéloda™

En cas d’échec, la persistance de ce syndrome peut amener votre oncologue à diminuer les doses ou à arrêter, temporairement la chimiothérapie.

Avec les thérapies ciblées

Les mesures préventives sont la prise en charge la plus efficace. Elles comportent :

  • Avant de débuter le traitement, une détersion des zones hyperkératosiques préexistantes à l'aide de crèmes émollientes à base d’acide salicylique ou d’urée ou par une détersion manuelle douce réalisée par un podologue
  • Des mesures conservatrices, comme, éviter les traumatismes, porter des chaussures non serrées et le port ds semelles répartissant de manière homogène le poids du corps et évitant ainsi les zones de pression

 

LES ONGLES : L’ONYCHOPATHIE

DE QUOI S'AGIT-IL ?

L'onychopathie se traduit par une fragilisation des ongles, un changement de pigmentation (chromonychies) ou une inflammation.
Les manifestations, les plus fréquentes sont, une onycholyse, souvent très douloureuse, et une suppuration sous-unguéale.

LES MÉDICAMENTS EN CAUSE...

Globalement

Ce sont surtout les taxanes (Taxol™ ou Taxotère™), et les anthracyclines (doxorubicine et épirubicine) qui sont le plus susceptibles d’induire une onycholyse proximale ou distale après quelques semaines de traitement. Un abcès sous l’ongle est possible.

L’estramustine exerce également une toxicité unguéale.

Avec les thérapies ciblées

Une inflammation de la peau du pourtour de l'ongle (paronychies ou périonyxis) peut survenir après un mois de traitement, chez 10 à 25 % des patients. Elle est accompagnée par l'apparition de bourgeons charnus des bords latéraux des ongles des doigts ou des orteils.Ces manifestations peuvent s’améliorer ou disparaître spontanément mais récidivent volontiers sur le même doigt ou le même orteil. Elles sont douloureuses pouvant empêcher les activités manuelles de la vie quotidienne et parfois le port de chaussures.
Le gefitinib (Iressa™) peut être responsable d’une paronychie avec ongle incarné.
Des hémorragies unguéales se développent sous sorafenib (Nexavar™).

QUE FAIRE ?

Vos mains

Ne touchez pas aux cuticules, ne coupez pas les ongles trop courts et limitez les soins de manucure
Évitez les traumatismes et protégez vos mains avec des gants doublés en coton
Le port de gants réfrigérants est recommandé mais leur efficacité est remise en doute.
Les vernis à ongles au silicium opaques appliqués en double couche sont susceptibles d’assurer une excellente protection de l’ongle vis-à-vis du rayonnement ultraviolet et ceci quelque soit la couleur retenue et quel que soit le secteur de distribution. Ils sont toujours bien supérieurs aux photoprotecteurs topiques habituels (crèmes et laits).


Vos pieds

Avant le traitement, prévoyez de voir votre pédicure pour qu’il soigne vos pieds. Dans tous les cas veillez à ne pas porter de chaussures trop étroites et évitez de couper vos ongles trop court.


Les traitements à envisager…

Des soins locaux, avec un d’antiseptique à base d’héxamédine sont utiles. Parfois, on vous proposera des dermocorticoïdes, des soins au nitrate d’argent ou des antibiotiques locaux.
L’avulsion unguéale partielle au laser à CO2 ou la décortication chirurgicale peut soulager la douleur.
Des réductions de dose et des espacements de l’administration de l’agent causal sont à envisager.

Le cas des inhibiteurs d’EGFR

DE QUOI S’AGIT-IL ?

C’est une éruption cutanée observée très fréquemment et qui peut toucher jusqu'à 90 % des patients traités par ce type de médicaments appartenant aux thérapies ciblées.
Elle peut être mineure, modérée ou rarement sévère et concerner tout le corps. Les spécialistes appellent cette éruption est appelée un rash acnéiforme. Il se présente de différentes manières 

  • Sous forme d'acné ou de rash maculo-papulaire ou pustulaire
  • Sous l’aspect de peau sèche desquamant

Cette éruption s'explique par le fait que le médicament atteint les cellules cutanées porteuses de récepteurs EGFR. Le rash cutané induit par les inhibiteurs HER1 n’est pas de l’acné (respect des glandes sébacées).
Une inflammation péri-unguéale est parfois observée, plus tardivement, notamment au niveau des pouces.
Malheureusement, il semble que plus la réaction cutanée est importante, plus important est l'effet thérapeutique produit sur la tumeur.
Ces troubles diminuent progressivement et en général totalement à l'arrêt du traitement.

CE QUI EST PRÉCONISÉ…

Pour votre toilette, utilisez un savon doux sur-gras et évitez les produits irritants.  Une photo-protection (éviction ou crème solaire indice 50+) est indispensable.

Si cela ne suffit pas, un traitement local vous sera proposé, comme :

  • Une crème hydratante (émolliente), du type Dexeryl™ ou Biafine™
  • Un gel contenant des antibiotiques locaux, comme l’érythromycine (Erythrogel™)
  • Dans les formes pseudo-rosacées, on vous prescrira plutôt des crèmes à base de métronidazole (Rosex™) ou de clindamycine (Dalacine™,  T Topic)
  • Dans les formes plus inflammatoires, des crèmes à base de peroxyde de benzoyle (Cutancyl™ ou Eclaran™) sont indiquées à 5 ou 10 %, pour les lésions du dos

Dans la plupart des cas, un traitement général à base de comprimés de doxycycline (Tolexine™) à 100 mg par jour ou de lymécycline (Tetraysal™) à 300 mg par jour vous sera prescrit.

LESIONS CUTANEES DES TRAITEMENTS CIBLANT L’EGFR

GradesCritères
Grade 1 Nombre peu important de papules ou pustules (couvrant moins de 10% de la surface corporelle), avec ou sans prurit ou sensibilité, sans ou peu de retentissement symptomatique.
Grade 2 Nombre modéré de papules ou pustules (couvrant 10 à 30% de la surface corporelle), avec ou sans prurit ou sensibilité et/ou associé à un impact psychosocial et/ou gênant les activités instrumentales de la vie courante.
Grade 3

Atteinte cutanée sévère, couvrant plus de 30% de la surface corporelle. Retentissement symptomatique et/ou psychosocial significatif.

 

UNE RÉACTION ALLERGIQUE

Elle peut apparaître avec tous les produits chimiothérapiques en sachant tout de même que certains sont très allergisants, comme le 5-FU et le méthotrexate. Elle se traduit par des éruptions cutanées, une urticaire, un œdème de Quincke, pouvant, exceptionnellement, culminer sous forme de choc allergique.

L'extravasation

DÉFINITION

C'est une fuite accidentelle depuis le compartiment visé, la veine, vers le tissu environnant.
Une extravasation doit être suspectée en cas de :

  • Brûlures, picotements, douleur ou tout symptôme au point d’injection,
  • Induration ou œdème au point d’injection,

LES MEDICAMENTS EN CAUSE

On distingue 3 niveaux de risques liés à l’extravasation des anticancéreux.

Les anticancéreux dits vésicants provoquent des réactions inflammatoires importantes évoluant vers une nécrose cutanée

  • Anthracyclines non liposomales : doxorubicine, daunorubicine, épirubicine, idarubicine et liposomales.
  • Vinca-alcaloïdes : vindésine, vinorelbine, vincristine, vinblastine.
  • Autres molécules vésicantes : actinomycine, amsacrine, cisplatine, chlormétine, dactinomycine, mitomycine

Les anticancéreux dits irritants provoquent des réactions inflammatoires locales sans évolution nécrotique.

  • Carboplatine, oxaliplatine
  • Cyclophosphamide, ifosfamide, dacarbazine, streptozocine, carmustine, melphalan, thiotépa
  • Paclitaxel, docétaxel

Les autres anticancéreux ni vésicants ni irritants ne provoquent aucune réaction sévère.

En résumé, quelques conseils simples…

  • Pendant le traitement, protégez vous la peau contre les petites blessures et les infections
  • Évitez l'exposition au soleil
    • Portez des manches longues et un pantalon ou une jupe longue
    • Utilisez une crème solaire de facteur 20
  • Lavez-vous avec un savon neutre non parfumé
  • Employez une lotion ou une crème hydratante après chaque bain ou douche
  • Si vous recevez une radiothérapie en même temps, évitez tout contact avec des produits irritants (nettoyants ménagers, etc.) et portez des gants adéquats

Mise à jour

8 août 2017