Traitements De la douleur Les douleurs
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LA DOULEUR
« La santé, c’est la vie dans le silence des organes »
c’est ainsi que le Pr. R. Leriche (1879 - 1955) caractérisait un état sans douleur.
L’Association internationale pour l’étude de la douleur (
International Association for the Study of Pain
-
IASP
) définit la douleur comme «
une sensation désagréable et une expérience émotionnelle en réponse à une atteinte tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en ces termes
».
SON RÔLE...
«
La sentinelle rapprochée qui protège notre corps
»
C'est ainsi que le philosophe Bergson définissait la douleur.
La perception de la douleur émerge d’un système sensoriel chargé d’une fonction spécifique, la conservation de l’intégrité corporelle.
C'est un système d’alarme qui protège l’organisme.
La nociception
Elle est organisée selon une architecture habituelle et opérant selon un mode commun aux autres systèmes sensoriels.
Les stimuli nociceptifs ont en commun de menacer l’intégrité du corps et d’activer un ensemble de récepteurs sensoriels : les nocicepteurs.
Au sein des systèmes sensoriels, on reconnaît une fonction spécifique à la nociception dans la mesure où elle peut être considérée comme un système d’alarme qui protège l’organisme. Elle déclenche des réponses réflexes et comportementales dont la finalité est d’en supprimer la cause et par conséquent d’en limiter les conséquences.
LA DOULEUR "MALADIE"...
On parle de douleur "maladie", lorsque la douleur exprimée, quelles que soient sa topographie et son intensité, est :
La douleur "maladie" n’est pas seulement une douleur qui dure, c’est aussi un syndrome multidimensionnel, lié à une pathologie causale souvent complexe et entraînant des conséquences multiples. Ce diagnostic sera évoqué devant une douleur qui :
| Caractéristiques | Douleur "symptôme" | Douleur "maladie" |
|---|---|---|
| Rôle biologique |
Utile
Protectrice Signal d’alarme |
|
| Durée |
Transitoire
Moins de 3 mois Réversible si lésion traitée |
Répétitive ou durable
Plus de 3 mois Persistante : lésion séquellaire ou évolutive |
| Mécanisme générateur | Essentiellement nociceptif | Nociceptif, neuropathique, ou psychogène |
| Facteurs psychologiques associés | Anxiété | |
| Traitement |
LE CONTEXTE
Le cancer, du moins le développement de la tumeur, ne fait pas mal. De
ce fait, la douleur est rarement un signal d'alarme précoce du cancer,
contrairement à ce que l'on observe dans de nombreuses maladies
La douleur est un symptôme présent entre 30 et 45 % en phase initiale
du cancer et de 60 à 90 % en phase localement évoluée ou métastatique
de la maladie.
Plus des deux tiers des douleurs sont liées à l’extension de la
maladie, moins d’un quart sont liées au traitement et de 3 à 10 % des
cas, elles sont sans rapport avec le cancer.
LES DOULEURS AIGUËS
La douleur symptôme
C’est elle qui va peut être permettre d’établir le diagnostic de cancer, ou d’une récidive tumorale. Elle est importante dans l’histoire de la maladie.
La douleur liée au traitement (iatrogène)
Qu’elle soit post-chirurgicale ou post-radique, qu’il s’agisse d’une mucite ou d’ulcérations digestives post-chimiothérapiques, que cela doit des myalgies après l’arrêt d’un traitement corticoïde, tous ces différents types de douleurs iatrogènes peuvent s’observer au décours de la maladie.
LES DOULEURS CHRONIQUES
Liées au cancer
Dans la plupart des cas, il s’agit des douleurs liées à la progression de la tumeur. Elles sont en relation avec des atteintes d’une ou plusieurs structures anatomique, comme par exemple :
Iatrogènes
Parfois, ce sont des douleurs liées au traitement. Elles sont dites « iatrogènes ». Elles peuvent rencontrer avec tous les moyens thérapeutiques mis en œuvre pour guérir ou contrôler la maladie, comme :
LE CONTEXTE
Les douleurs dans le cancer sont principalement de trois types, les douleurs par excès de nociception, c’est-à-dire par excès de signaux douloureux venus des récepteurs périphériques, les douleurs neuropathiques liés à des problèmes de désafférentation et les douleurs psychogènes.
DE QUOI S'AGIT-IL ?
Au sein des systèmes sensoriels, la douleur constitue un signal d’alarme qui protège l’organisme.
Elle déclenche des réactions dont la finalité est d’en diminuer la cause et par conséquent d’en limiter les conséquences ; on parlera, alors, de nociception.
Ces douleurs correspondent à la stimulation excessive des nocicepteurs (récepteurs périphériques de la douleur) en rapport avec des processus lésionnels, inflammatoires et ischémiques ou des stimuli mécaniques importants (compression d’un organe, distension viscérale, étirement musculo-ligamentaire).
LES BASES NEUROPHYSIOLOGIQUES
Le système nociceptif
La nociception
C’est une fonction qui permet à l’organisme de détecter les processus qui altèrent ou simplement menacent son intégrité. Elle déclenche un système qui transmet l’information douloureuse de l’endroit où elle se produit jusqu’au cerveau, ce transfert pouvant être interrompu à différents niveaux.
Le système nociceptif peut être activé par une grande variété d’énergies, mécanique, électromagnétique, électrique, calorifique ou chimique, dont le caractère commun semble être la forte intensité qui constitue, alors, une menace pour l’intégrité du corps et pourrait engendrer une lésion des tissus.
Les circuits neuronaux
Au niveau des membres et des organes, les « informations nociceptives » sont véhiculées par deux types de fibres :
Ces fibres aboutissent, au niveau de la moelle épinière, à des neurones à convergence qu’elles activent et qui envoient, à leur tour, des influx nerveux vers le cerveau.
Ces neurones à convergence reçoivent également des influences inhibitrices, à la fois de la part de fibres périphériques (différentes des fibres A delta et C) et de fibres venant du cerveau.
La transmission du signal nociceptif aux structures supérieures est donc fonction du bilan qui s’établit, au niveau des « neurones à convergence », entre ces influences inhibitrices et l’influence activatrice des fibres A delta et C. C’est le mécanisme de la porte, ou « gate control », dont la connaissance récente a permis de mieux comprendre la variabilité inter- et intra-individuelle de la perception de la douleur. Ce mécanisme explique que, dans les conditions normales, nous ne soyons pas submergés par les messages nociceptifs.
Les douleurs nociceptives
Elles représentent plus des deux tiers des douleurs cancéreuses. Elles résultent d'une hyperstimulation des récepteurs de la douleur (nocicepteurs).
Leurs origines sont cancéreuses, inflammatoires et traumatiques. Elles sont aiguës ou chroniques, elles ont une topographie viscérale, artérielle, ostéo-articulaire ou musculaire, et ne s’accompagnent pas de signes neurologiques.
Pour traiter ces douleurs, les analgésiques périphériques et centraux seront utilisés selon les recommandations de l'OMS qui définit 3 niveaux dans la gradation thérapeutique.
DE QUOI S'AGIT-IL ?
Ce sont des douleurs liées à un dysfonctionnement du système nerveux périphérique (rameaux nerveux, troncs nerveux, plexus nerveux, racines nerveuses, ganglions sensitifs) ou central (moelle épinière, cerveau).
CE N'EST PAS EXCEPTIONNEL...
Bien que plus rares que les douleurs nociceptives, elles représentent selon l'étude STOPNET portant sur 30 000 sujets, plus du quart des douleurs chroniques recensées.
Elles sont également appelées douleurs par désafférentation. Les douleurs par désafférentation sont en relation avec des nerfs qui ont pu être coupés par le traitement curatif. Il en résulte un déficit de la sensation douloureuse avec élévation du seuil de la douleur qui, chez certains malades et de façon paradoxale, peut s’accompagner d’une douleur spontanée provenant de la région devenue insensible.
LES PRINCIPALES CAUSES
La lésion d’un nerf peut être le résultat d’actes chirurgicaux, d’un traumatisme, des radiothérapies. Ces douleurs sont tout à fait spécifiques. Elles sont ressenties en dehors de toute stimulation nociceptive, ou s’expriment en présence d’un stimulus qui, normalement ne produit pas de douleur
C'EST UNE DOULEUR PARTICULIÈRE...
Il peut s’agir de douleurs spontanées présentant les caractéristiques suivantes :
Elles siègent dans des zones paradoxales...
Elles peuvent, aussi, se manifester par :
Si l’on en croit certains patients, il ne s’agit pas toujours de douleurs à proprement parler, mais d’une sensation pire que la douleur.
Il s’agit d’un auto-questionnaire qui comprend 10 items répartis en 4 questions
Pour estimer la probabilité d’une douleur neuropathique, le patient doit répondre à chaque item des 4 questions ci-dessous par « oui » ou « non ».
QUESTION 1 : la douleur présente-t-elle une ou plusieurs des caractéristiques suivantes ?
QUESTION 2 : la douleur est-elle associée dans la même région à un ou plusieurs des symptômes suivants ?
QUESTION 3 : la douleur est-elle localisée dans un territoire où l’examen met en évidence :
QUESTION 4 : la douleur est-elle provoquée ou augmentée par :
Chaque item est noté 0 ou 1 selon la réponse négative ou positive qui lui est attribuée. Le score total est la somme des notes obtenues pour chaque item.
La valeur seuil de 4/10 a été retenue pour sa bonne spécificité et sa grande sensibilité : un score supérieur ou égal à 4 indique une très forte probabilité que la douleur évaluée à l’aide du questionnaire soit d’origine neuropathique.
Les douleurs neuropathiques
ne sont pas soulagées par les antalgiques périphériques ni par
les interventions chirurgicales de section (qui peuvent même
l'aggraver). Ces douleurs répondent mieux à d’autres types de
médicaments ou à la stimulation électrique externe transcutanée.
Très
souvent, les médicaments du tableau ci-dessous pourront vous être
prescrits.
|
Antiépileptiques
|
Antidépresseurs |
|
Rivotril™ (clonazépam)
Tégrétol™ (carbamazépine)
Neurontin™ (gabapentine)
Lamictal™ (lamotrigine)
Epitomax™ (topiramate) Lyrica™ (prégabaline) hors AMM
|
Tricycliques : Laroxyl™, Anafranil™
Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) : Déroxat™, Effexor™, … |
DE QUOI S'AGIT-IL ?
Ce sont des douleurs sans lésion apparente.
Le terme psychogène sous-entend
qu'un syndrome dépressif, un état anxieux excessif peuvent être la
cause des douleurs alléguées par le patient. Celles-ci sont diffuses ou
localisées. Elle ne doit plus être négligée car ces douleurs coexistent
souvent et il est parfois difficile de reconnaître l’impact des
différents mécanismes les uns sur les autres.
Dans le cadre des
douleurs cancéreuses, il s’agit surtout d’une composante psychologique
qui est associé à un autre mécanisme de douleur.
LA PRISE EN CHARGE
La prise en charge de cette composante peut nécessiter l’aide d’un psychiatre ou d’un psychologue.
LA DOULEUR MORALE
Il vaudrait peut être vaut mieux l’appeler souffrance. L’équipe soignante peut aider par la prescription,
pendant quelques jours, d'un sédatif ou d'un somnifère.
| Types de douleur | Caractéristiques |
|---|---|
| Nociceptive |
Lésions tissulaires ou distension viscérale
Examen neurologique normal |
| Neuropathique |
Lésions nerveuses périphériques ou centrales
Topographie et signes neurologiques (hypoesthésie…) |
| Mixte | Associant les deux types de douleurs |
| Psychogène | Plainte physique au premier plan mais associée avec des problèmes psychologiques ou psychiatriques |
LE SCHEMA DE LOESER
Ce schéma est souvent considéré comme relativement représentatif de la douleur en général. Il prend en compte quatre éléments constitutifs de la douleur :
Ce schéma permet, d’emblée, d’entrevoir la complexité du phénomène « douleur », en montrant que celle-ci relève d’interactions fortes entre le somatique, le psychologique, le cognitif et l’affectif et son impact sur la qualité de vie.
LES QUATRE ELEMENTS DU SCHEMA DE LOESER
La nociception
Elle représente l'activité nerveuse engendrée par une stimulation potentiellement dangereuse du système nerveux. Elle concerne les composantes quantifiables de la douleur, comme par exemple, son intensité, sa durée, sa localisation.
Le seuil de la douleur
C’est elle qui qualifie comme désagréable ou non, la sensation engendrée par une lésion tissulaire ce qui implique un seuil de douleur. Ceci se traduit par le fait que pour une même lésion, la perception de la douleur soit variable selon les individus,
Elle concerne l’intensité de la douleur, son siège, le type de douleur, les facteurs qui déclenchent ou soulagent la douleur.
La dimension affective
C’est une « réponse affective négative qui peut être générée par la douleur ou encore par d'autres expériences désagréables ». Elle fait intervenir les dimensions biographiques et/ou socioculturelles qui expliquent qu'il a de nombreuses manières d'être affecté par la douleur et de ressentir de la souffrance.
Les comportements associés
Ils sont variés et dépendent de la nature du phénomène douloureux. Ils peuvent, à titre d’exemple, être réflexes, se traduire par des expressions du visage ou des plaintes pour des douleurs persistantes…
LES DOMAINES EXPLORÉS
Les domaines à évaluer mentionnés dans la littérature étudiée sont très proches des quatre dimensions du schéma de Loeser, présenté plus haut.
Le domaine « sensori-discriminatif »
Il prend en compte les répercussions psychologiques de la douleur et/ou du cancer. Ainsi, il est nécessaire de détecter une éventuelle dépression ou anxiété souvent associée à la maladie.
Le domaine cognitif
Il englobe l’interprétation que le patient fait de sa situation douloureuse, la signification qu’il énonce pour cette expérience.
Il prend en compte, aussi, les mécanismes d’adaptation que le patient a mis en place, consciemment ou inconsciemment.
La dimension comportementale
Elle correspond à la verbalisation (ou l’absence de verbalisation), et au comportement général du patient.
LES ÉCHELLES D'AUTO-ÉVALUATION
Les échelles d’autoévaluation quantitative de la douleur ont comme objectif de mesurer, le plus objectivement possible et de façon reproductible, l’intensité de la douleur.
L’échelle visuelle analogique (EVA)
C'est la plus utilisée. Elle peut se présenter soit sous forme de
réglette, soit sous forme écrite. Lorsqu'elle se présente sous forme de
réglette, celle-ci comporte deux faces :
L’échelle numérique (EN)
L'échelle numérique comprend 11 chiffres compris entre 0 “douleur absente” et 10 “douleur maximale imaginable”. Elle peut être présentée sous forme écrite ou orale. Le score d’intensité douloureuse correspond au chiffre sélectionné par le patient.
La correspondance proposée entre les degrés de douleur et les scores à l’EN
L’EN est parfois utilisable par des patients qui ne comprennent pas le principe de l’EVA. Globalement ces deux outils sont très similaires du point de vue de leur facilité d’emploi, de leurs limites et de leurs modalités d’utilisation.
L'échelle verbale simple (EVS)
Cette échelle permet au patient de choisir parmi une liste de mots qualifiant l’intensité de la douleur (échelle catégorielle).
La version la plus utilisée comprend cinq qualificatifs appréciant l'intensité de la douleur : pas de douleur, faible, modérée, intense, extrêmement intense. L’intensité correspond au mot choisi. Un score est parfois associé à chacune des différentes catégories (de 0 à 4).
Chez l’enfant, les mots habituellement utilisés sont “un peu”, “moyen”, “beaucoup” et “très fort”.
L’EVS est un outil simple compris par la quasi-totalité des patients. Elle permet de suivre les variations de l’intensité douloureuse (changement de catégorie)
Elle est considérée comme moins sensible que l’EVA
Lorsque les patients utilisent des agendas où l’intensité est notée quotidiennement, des valeurs moyennes d’EVA ou d’EN peuvent être calculées sur une période de temps. Ceci ne peut être réalisé avec l’EVS (échelle catégorielle).
OUTILS DE MESURE DU SOULAGEMENT
L’impact d’un traitement antalgique peut être apprécié par :
• Les variations de l’intensité douloureuse
• Le degré de soulagement estimé par le patient en pourcentage par rapport à une douleur de référence de 0 à 100%.
LES ÉCHELLES MULTIDIMENSIONNELLES
Le vocabulaire de la douleur a une valeur d'orientation pour analyser la composante sensorielle de la douleur et pour apprécier le retentissement affectif. L’utilisation de questionnaires permet de préciser ces données. Ils facilitent l’expression sans l’influencer, ils permettent également de suivre l’évolution des réponses dans le temps.
Il s'agit d’un outil d'auto-évaluation fait de questionnaires d'adjectifs qui analysent plus particulièrement les composantes sensorielles et émotionnelles de la douleur. Les questionnaires sont divisés en plusieurs rubriques ou catégories et chaque catégorie comprend des sous-classes. Ces échelles plus complexes à manipuler que les échelles unidimensionnelles, sont essentiellement utilisées dans le cadre de l'évaluation d'une douleur chronique.
12 décembre 2009