Traitements Greffes Les greffes de moelle osseuse
[imprimer la page]Les indications reconnues sont variées et concernent à la fois des pathologies tumorales et non tumorales.
Depuis 1994, le don de cellules souches hématopoïétiques (CSH) est strictement encadré par la loi de bioéthique, confirmée et étendue en 2004. Les grands principes sont les suivants :
SON ORIGINE
Plusieurs sources...
De cellules souches médullaires (CSH) ou de cellules souches périphériques (CSP) obtenues par cytaphérèse. Elle peuvent provenir d'un donneur :
Le sang de cordon ombilical
Les cellules souches sont prélevées à la naissance au niveau du cordon ombilical. Elles ont un potentiel de prolifération et d'expansion plus grandes que celles de l'adulte et sont par ailleurs plus immatures ce qui permet de réaliser des allogreffes avec une compatibilité HLA moins complète.
Actuellement, en France...
En environ 1500 greffes de moelle osseuse ont été réalisées en 2008 (derniers chiffres publiés), à partir, d’un donneur non apparenté dans près de 60 % des cas ou d'un donneur apparenté dans 40 % des cas..
Actuellement, on réalise plus de greffes de CSH issues du sang périphérique que de greffe de moelle osseuse (525 CSH versus 234 GMO en 2010).
UN DONNEUR COMPATIBLE
C'est une procédure permet de
vérifier les critères de compatibilité, à partir d'un typage HLA est réalisé à partir d'une prise
de sang.
Il est le plus souvent exigé une compatibilité parfaite entre donneur et receveur dans le système majeur d’histocompatibilité, le système HLA, portant sur les antigènes :
Actuellement les typages HLA sont fait au niveau allélique dit à « 4 digits » grâce à l’apport de la biologie moléculaire. Ainsi, à titre d’exemple, l’antigène A1 peut se définir : A 0101 ou A 0102…
La compatibilité érythrocytaire ABO Rh n’est pas nécessaire entre donneur et le receveur.
On estime que l'on 25 à 30 % de chances d'avoir un donneur compatible dans la fratrie.
Dans environ 80% des cas, le donneur compatible est un frère ou une soeur du receveur. Il s’agit alors d’une greffe dite « géno-identique »; la greffe géno-identique est la greffe « syngénique » réalisée entre jumeaux monozygotes.
Les autres greffes allogéniques sont faites à partir de donneurs volontaires non apparentés, inscrits sur des fichiers nationaux et internationaux. Actuellement plus de 13 millions de donneurs volontaires sont ainsi répertoriés dans le monde. Ces greffes sont dites « phéno-identiques ».
UNE GREFFE «
MISMATCH
»...
Dans certains cas, une moindre compatibilité peut être acceptée. Il s’agit alors de greffes « mismatch » où existe une différence entre donneur et receveur portant sur un ou plusieurs antigènes HLA.
À PARTIR DE LA MOELLE OSSEUSE D'UN DONNEUR
Le prélèvement
La
moelle osseuse est prélevée chez le donneur qui est hospitalisé la veille au soir du prélèvement.
La moelle est obtenue par
plusieurs aspirations à partir des crêtes de l'os iliaque (os du
bassin) sous anesthésie générale.
Comme il est recommandé d’administrer environ 2x10
6
cellules CD34+/kg de poids du receveur, ceci correspond à un prélèvement de 800 à 1500 cm
3
.
En pratique...
Pour améliorer le confort, une autotransfusion est souvent proposée. Deux semaines environ avant le don de moelle, on réalise sur le donneur un prélèvement de 300 à 400 ml, comme pour un don de sang habituel. La poche ainsi prélevée est ensuite conservée et retransfusée au décours du prélèvement de moelle afin de compenser la perte sanguine liée à ce prélèvement.
Cette petite intervention
n'a pas de complications en dehors de quelques douleurs aux points de ponction.
La sortie de l'hôpital se fait le soir même.
En général, un arrêt de travail d'une semaine est prescrit.
Le greffon
La
moelle est recueillie sur une poche contenant un anticoagulant. Elle
est ensuite filtrée et concentrée et, en cas d'incompatibilité ABO
majeure, desérythrocytée.
Le greffon avant administration au
patient peut faire l’objet de manipulations au laboratoire pour
sélectionner (sélection positive) ou éliminer (purge) certains types de
cellules, visant surtout à l’enrichir en cellules souches
hématopoïétiques (CD34+) et à l’appauvrir en lymphocytes T impliqués
dans la maladie du greffon contre l’hôte.
Le produit final est ensuite transfusé au receveur.
À PARTIR DU SANG PÉRIPHÉRIQUE (CSP)
Le donneur
La sélection est identique à celle du don de moelle osseuse.
Le médecin qui vous prendra en charge sera un praticien qualifié pour la cytaphérèse dans un EFS (Établissement Français du Sang) ou un centre de greffe hospitalier.
Il n'y a pas de passage obligatoire au tribunal de Grande Instance.
Lorsque
le donneur est familial et adulte le choix de la source de CSH se fait
en fonction des protocoles locaux et du choix du donneur.
Pour des raisons juridiques, lorsque le donneur est non apparenté ou mineur seuls les greffons médullaires sont possibles.
La technique
La mobilisation
Les
cellules souches hématopoïétiques (CSH) périphériques sont obtenues par la
mobilisation, chez le donneur, des CSH médullaires grâce à l’injection
sous-cutanée pendant 4 à 5 jours d’un facteur de croissance
hématopoïétique, le G-CSF (
Granulocyte Colony-Stimulating Factor
) à la dose de 10 μg/kg. Les injections sont faites à domicile.
La cytaphérèse
Au terme de la stimulation par le G-CSF, une évaluation par le taux de cellules CD34+ circulantes permet de déterminer, le moment du recueil qui peut être répété le lendemain.
D'une à 3 séances de cytaphérèse sont nécessaires pour recueillir 4x10
6
CD34+/kg du receveur.
Les effets secondaires
Ils sont liés à l'administration de G-CSF sont modérés et consiste en une petite poussée de fièvre vers 38°5C et parfois des douleurs osseuses calmées par des médicaments simples.
L’intérêt
La quantité de cellules recueillie par cytaphérèse permet transfuser environ 7x10
6
cellules
CD34+/kg, c’est-à-dire un contenu de 2 à 4 fois plus grand que dans le
greffon médullaire.
Parallèlement, les greffons de CSP contiennent 10
fois plus de lymphocytes T matures que les greffons médullaires.
À PARTIR DU SANG PLACENTAIRE
Le contexte
L'utilisation de CSH provenant de sang placentaire non apparenté, est de plus en plus fréquent. Elles sont facilement disponibles, aisément transportables et les exigences de compatibilité entre donneur et receveur sont moindres.
Initialement réservé à la greffe chez l’enfant, en raison d’un nombre réduit de cellules souches CD 34+, le sang placentaire est de plus en plus utilisé comme source de CSH chez l’adulte grâce aux possibilités de greffes multi-cordons.
La technique
Après
la naissance, le cordon est coupé et le sang est immédiatement prélevé
au niveau de la veine ombilicale qui irrigue le placenta. Après la
collecte, le sang est transporté dans une banque de cellules ; un
échantillon est prélevé pour effectuer les examens nécessaires.
Le sang placentaire est ensuite congelé et stocké à -170°C dans une banque spécialisée. Il suffit de transfuser 2 à 3x10
7
cellules nucléées totales/kg ou 1 à 2 x10
5
CD34+/kg.
L’intérêt
la clonogénicité et le potentiel de repopulation des CSH contenues dans le sang
placentaire sont
supérieurs à celui des CSH médullaires ou périphériques.
Pour les
enfants, les greffons de sang placentaires génoidentiques sont utilisés
préférentiellement, s’ils sont disponibles, car les complications liées
à la greffe, notamment la réaction du greffon contre l’hôte (GVH), sont
moindres.
IMPORTANT !
Le nombre de cellules nécessaires dépend du poids du receveur et la
nature du greffon mais, plus le greffon est riche
en cellules souches, meilleurs sont les résultats...
POURQUOI ?
L'objectif du conditionnement est triple :
COMMENT ?
Le conditionnement est débuté 7 à 10 jours avant le jour de la greffe. Pour réaliser l’abrasion médullaire, il existe deux options non exclusives :
Pour éviter le rejet de la greffe, lorsque le greffon n’est pas géno-identique, le conditionnement comprend, le plus souvent, l'administration de sérum anti-lymphocytaire.
EN PRATIQUE...
Le conditionnement induit une aplasie médullaire "thérapeutique" qui s'accompagne d'anémie, d'un risque hémorragique et infectieux. De ce fait, vous
serez hospitalisé dans l'Unité de Greffe qui est un secteur stérile, 15
jours avant la date de celle-ci.
Durant cette phase, un encadrement transfusionnel soigneux avec obligation de ne transfuser que des dérivés cellulaires irradiés pour éviter des réactions de type greffon contre hôte transfusionnelles est impératif.
Des précautions particulières vis à vis des risques infectieux sont prises : chambre stérile, décontamination digestive prophylaxies médicamenteuse et alimentation stérile.
APRÈS LE CONDITIONNEMENT
Quelques
jours sont encore nécessaires avant que les cellules de la greffe soient
réinjectées pour permettre l'élimination complète des médicaments
employés pour le conditionnement car ils pourraient détruire
la greffe.
LE JOUR J
C’est le jour de la greffe, qui n’est, en elle-même, rien d’autre qu’une simple transfusion.
Les cellules réinjectées vont alors se loger dans la moelle
osseuse et produire au bout de 10 à 20 jours les nouvelles cellules du sang.
Vous
pouvez ressentir des effets secondaires mineurs liés au conservateur
utilisé pour stocker les cellules du greffon, le MSO. Il s'agit de maux
de têtes et de vertiges transitoires.
LES SUITES...
L'isolement
Vous
serez ensuite placé en chambre stérile. Il s’agit donc d’une
hospitalisation d’un minimum de six semaines. Elle est plus longue
encore s’il y a des retards à la pousse de greffe, ou des
complications.
Il s'agit d'une période de soins intensifs où sont
traitées les différentes complications toxiques induites par le
conditionnement, infectieuses en rapport avec la neutropénie et
immunologiques liées à la réactivité du greffon contre l’hôte (GVH).
Les produits sanguins sont irradiés pour éviter tout risque de GVH transfusionnelle.
Pourquoi ?
Initialement,
en raison de la chimiothérapie et/ou de la
radiothérapie à fortes doses
, le
nombre des cellules du sang (globules blancs et rouges, plaquettes)
sont très basses. Comme les cellules injectées ne sont pas
encore en état de faire remonter les cellules du sang périphérique
(période dite d'aplasie), vous serez placé dans un
environnement cherchant à vous protéger des infections et vous serez
transfusé.
Pendant une
période d'un mois au minimum, la
moelle transplantée se développe. On voit alors réapparaître les globules rouges,
les globules blancs et les plaquettes, fabriqués par la nouvelle moelle.
Ensuite...
Vous serez suivi en hôpital de jour, en moyenne 3 mois puis en consultation plusieurs années.
Il
faudra refaire les vaccinations, car la mémoire des vaccins est perdue,
et que les taux d’anticorps sont bas et vous protègent mal…
De fait, vous êtes redevenu un peu comme un nouveau-né, et même un peu plus fragile !
LE TRAITEMENT IMMUNOSUPPRESSEUR
Le but du traitement
C'est de prévenir le rejet de la greffe et, surtout, de prévenir ou de traiter une maladie du greffon contre le receveur, GVHD ( Graft-Versus-Host-Disease ), principale complication de la greffe de moelle allogénique.
En pratique...
Le
traitement standard comprend une association de ciclosporine (CSA) et
de méthotrexate. Parfois, le tacrolimus et le mycophénolate
mophétil peuvent représenter des alternatives à la ciclosporine.
Le méthotrexate est injecté à la dose de 15 mg/m² à J1 puis 10 mg/m² à J3, J6 et J11.
La ciclosporine est administrée, le plus souvent, en perfusion IV continue, à la dose moyenne de 3 mg/kg/jour.
Lorsque
vous pourrez vous alimenter, vers la troisième semaine, la ciclosporine sera
administrée par voie orale à la dose de 4 à 6 mg/kg/jour selon la
tolérance rénale et le résultat des dosages sanguins.
Le
traitement est poursuivi pendant, au moins, 6 mois puis, en l'absence
de GVH, diminué très progressivement jusqu'à l'arrêt total.
LE PRINCIPE
Les greffes avec conditionnement réduit (ou conditionnement atténué ou « mini-greffes ») constituent aujourd’hui presque la moitié des greffes allogéniques.
Cette technique consiste à administrer des cellules souches circulantes
d'un donneur compatible ou de sang de cordon ombilical, après un
conditionnement réduit, non myélo-ablatif, essentiellement immunosuppresseur.
Cette technique revient à une exploitation de l’effet GVL (
Graft Versus Leukemia
) en réduisant la durée de l’immunosuppression post greffe et en
ré-injectant à distance de la greffe des lymphocytes CD3+ du donneur. .
Après la greffe, il va, alors, se former un chimérisme qui, via l'action
des lymphocytes T du donneur, qui permettra de guérir le patient de son
cancer.
EN PRATIQUE
Tous les conditionnements contiennent de la fludarabine à la dose de 25 à 30 mg/m²/j pendant 3 à 5 jours. Les différents protocoles proposés sont :
LES RÉSULTATS
Ces allogreffes sont globalement mieux tolérées, avec un taux de mortalité directe
moindre et sont donc possibles chez des patients plus âgés et/ou en moins
bonne condition physique. Cependant, cette technique de greffe ne résout pas tous les problèmes,
notamment du fait que la ré-injection des lymphocytes du donneur. Elle est
donc susceptible d'induire une GVHD aiguë, parfois grave.
LES INDICATIONS ACTUELLES
Comme l'effet est plus lent à se manifester, cela contraint à ne proposer cette approche que pour des maladies qui ne menacent pas le patient dans l'immédiat, comme, par exemple la leucémie myéloïde chronique ou le cancer du rein généralisé.
LE SUIVI
Le centième jour après la greffe, un bilan complet sera effectué et les contraintes vous seront précisées.
IMPORTANT !
En
règle générale, de la greffe à six mois, mieux vaut ne pas s’éloigner
du centre de greffe du fait du risque d’infection et de poussées
possibles de
GVHD
aiguë.
De
six mois à un an, vous devez garder un fil à la patte avec votre centre
de greffe. Durant cette période vous courrez le risque de :
De ce fait, un certain nombre de situations doivent être évitées, à tout prix.
Il ne pas oublier, de plus, que l’exposition au soleil est interdite pendant au moins 2 ans si vous avez fait une
GVHD
. Il est reconnu qu’une exposition au soleil peut déclencher une nouvelle poussée de GVHD.
Vous
pourrez reprendre votre activité professionnelle dans les six à douze
mois qui suivent la greffe, selon votre état et votre fatigabilité.
IMPORTANT !
S’il
n’y a pas de contre indications, il faudra refaire les vaccinations. En
effet, la mémoire des vaccins est perdue et les taux d’anticorps sont
bas et vous protègent mal contre les pathogènes…
De fait, le greffé est redevenu un peu comme un nouveau-né, et même un peu plus fragile !
GLOBALEMENT...
L’ensemble des complications immunologiques et non immunologiques induit une mortalité liée à la procédure, c’est à dire indépendante de la pathologie initiale pour laquelle le malade a été greffé, de l’ordre de 15 à 30 %.
L'importance de ce risque varie en fonction de l’âge, des antécédents médicaux, de l’importance des traitements antérieurs et du degré de compatibilité HLA entre donneur et receveur.
À LA PHASE AIGUË
En raison de la très forte immunosupression obtenue par le conditionnement, le risque de rejet aigu est, dans les circonstances habituelles de greffe, inférieur à 1 %.
Les autres complications sont systématiquement anticipées et prises en compte par l'équipe médicale. Il peut s’agir :
À LA PHASE CHRONIQUE
Les problèmes infectieux
Pendant
la période d’aplasie, le risque d’infection est lié à des infections à
bacilles Gram négatif, à staphylocoques, à streptocoques, à levures et
à herpèsvirus.
Jusqu’au troisième – quatrième mois (J100), peuvent apparaître des infections, surtout respiratoires, à
Pneumocystis carinii,
cytomégalovirus (CMV) ou à
Aspergillus sp
Après J100, ce sont surtout le pneumocoque ou l’
Hémophilus influenzae
qui seront rencontrés, bien qu’il faille craindre encore l’aspergillose, la toxoplasmose et les infections à
Herpes zoster
.
La réaction du greffon contre l'hôte (GvH)
A la phase chronique, c'est-à-dire au 3 ème mois après la greffe, la GvH se traduit par un tableau de maladie système, proche de la sclérodermie .
Autres problèmes possibles
Tardivement
Le risque de cancers secondaires après allogreffe de
moelle à conditionnement myéloablatif par busulfan et
cyclophosphamide est plus élevé que dans la population générale.
Ceci est particulièrement vrai pour les plus âgés, les fumeurs et
les patients ayant développé une GVH chronique.
Les cancers
secondaires semblent différer de ceux survenant après allogreffe
dont le conditionnement comporte une irradiation corporelle totale
car les cancers mammaires, thyroïdiens et cutanés sont moins
fréquemment rencontrés.
L’incidence de cancers secondaires
augmente avec le temps ce qui justifie une surveillance à vie.
LE TAUX DE RÉUSSITE ?
Tout dépend votre âge, de votre maladie, du type de donneur, et des premières semaines après la greffe, que l’on ne peut pas prévoir au départ.
LES COMPLICATIONS POSSIBLES À LONG TERME
Elles ne sont pas très fréquentes et sont à mettre au compte d'une part aux conséquences directes de la greffe et d'autre part aux suites du conditionnement médullaire. Il a été ainsi observé :
LES PROGRÈS À VENIR ...
Certaines techniques sont encore expérimentales, consistent à rendre le conditionnement (la préparation à la greffe) moins agressif, à diminuer les doses de chimiothérapie, pour les rendre moins toxiques. Il s’agit de techniques, surtout utilisées en cas de greffe de sang de cordon ombilical qui utilise un conditionnement d’intensité réduite, non myélo-ablatif.
L’autre option est la double greffe de deux doses de sang de cordon ombilical. On tente de jouer plus sur l’équilibre entre donneur et receveur, quitte à redonner des cellules ensuite. C’est une des voies possibles, peut-être pour des sujets plus âgés.
D’autres traitements expérimentaux ont pour but de diminuer la réaction du greffon contre l’hôte. Ils sont efficaces, mais si l’on déprime trop le greffon, l’immunité risque ne pas se reconstituer, et la maladie de repartir plus facilement.
14 mars 2012