Localisations Hémopathies malignes (cancers du sang) Lymphomes non hodgkiniens
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Le développement des lymphomes est intimement lié aux agents infectieux, sans que l’on puisse, à ce jour, les considérer formellement comme la cause ou l'une des causes du développement de la maladie.
Des virus peuvent être à l'origine de lymphome, pour deux raisons principales, non mutuellement exclusives :
Des essais thérapeutiques portant sur le rôle des médicaments antiviraux dans le traitement du myélome multiple, une forme particulière de lymphome, sont en cours.
LE VIRUS
C'est un herpès virus que l'on retrouve dans toutes les populations
humaines, avec une prévalence, chez les adultes, supérieure à 90 %.
Il fait partie de la sous-famille des
Gammaherpesvirinae
découverts dans une tumeur par Michael Anthony Epstein (pathologiste
anglais né en 1921) et de son étudiante Yvonne Barr (virologue anglaise
née en 1932) en 1964.
C'est un virus à ADN à capside et à enveloppe. Il a un tropisme pour les lymphocytes B mémoires.
LA PRIMO-INFECTION
Elle survient le plus souvent dans la petite enfance et est asymptomatique, tandis qu'une primo-infection plus tardive peut provoquer une maladie lymphoproliférative, le plus souvent, spontanément résolutive, la mononucléose infectieuse (MNI).
La primo-infection a pour conséquence un état de porteur à vie qui se caractérise par :
SON IMPLICATION
Le lymphome de Burkitt
En 1957, le docteur D. Burkitt, chirurgien anglais de l'hôpital de
Kampala (Ouganda), faisait du golf régulièrement à Entebbe au bord du
lac Victoria. Son caddie avait le visage déformé par une énorme tumeur
de la mâchoire.C'est une maladie de l'enfant jeune très répandue en
Afrique tropicale, dans les zones d'endémie palustre.C’est à partir de
cette constatation fortuite que le Dr D. Burkitt a décrit la maladie,
qui porte, maintenant, son nom.
Epstein et Barr ont, par la suite, montré que dans les cultures
in vitro
de cellules faites à partir du lymphome de Burkitt, apparaissait, au fur et à mesure des subcultures, un
Herpesviridae
(virus à ADN, icosaédrique à 162 capsomères, à enveloppe). C'était un
herpèsvirus nouveau, inconnu, l'EBV. Les enfants porteurs de tumeur de
Burkitt avaient tous dans leur sérum des anticorps vis-à-vis de ce
virus en immunofluorescence.
Ces enfants ont des modifications des chromosomes (caryotype) qui se caractérisent
par une translocation entre le chromosome 8 et le chromosome 14. Cette
translocation est notée par les scientifiques, par la formule [t(8 ;14)
q(24 ;32)]. La translocation juxtapose l’oncogène
c-myc
et le gène déterminant la production des chaînes lourdes des immunoglobulines situé sur le chromosome 14 en 14q32.
Des preuves expérimentales…
Les lymphocytes B mémoires constituent le réservoir des virus d’Epstein Barr.
L’EBV peut induire la prolifération de lymphocytes B chez l'homme et d'autres primates
in vitro
.
L'EBV provoque des lymphomes quand il est inoculé en laboratoire à certains primates.
La réponse immunitaire cellulaire de l’hôte, contribue à la maîtrise de la primo-infection par le virus Epstein Barr et permet la transition vers une persistance, dans l’organisme, asymptomatique du virus.
Il est retrouvé en cas d’immunodépression…
Des proliférations polyclonales de cellules lymphoïdes (les proliférations lymphoïdes post-greffe – PTLD), survenant lors des déficits immunitaires acquis après transplantation d'organe et traitement immunosuppresseur, sont fréquentes. Souvent, elles sont associées au virus d'Epstein Barr.
Chez les personnes dont le système immunitaire est altéré, l'infection n'est pas toujours maîtrisée. Un syndrome lymphoprolifératif, d'abord polyclonal et régressif se développe, si l'on peut corriger l'immunodépression. Dans le cas contraire, elle peut évoluer pour son propre compte sur un mode monoclonal et malin incontrôlable aboutissant à un lymphome.
Le virus de l'herpès HHV8 ou le virus associé au sarcome de Kaposi KSHV
C’est un type particulier de virus herpétique. Il est associé avec un risque plus élevé de lymphome chez les malades porteurs du SIDA ou au décours d'une
maladie de Castelman
.
Le virus HTLV1
C'est un rétrovirus à ARN, de la famille des retroviridae.
Sa zone géographique est restreinte au Japon (Kyushu) et aux Caraïbes.
L’infection se transmet par l’allaitement, le sang et les rapports sexuels. Ce virus est impliqué dans le développement de maladies dégénératives du système nerveux central ainsi que de lymphomes et de leucémies à cellules T.
C'est un lymphome T mature avec atteinte médiastinale.
Preuve supplémentaire de l’implication de ce virus, le traitement de cette maladie fait appel aux médicaments antiviraux, comme la zidovudine (AZT), utilisée dans le SIDA et l’interféron alpha.
Le virus de l'hépatite C (HCV)
L'hépatite C est une maladie du foie qui fait suite à une contamination pour le virus de l’hépatite C. Les malades porteurs de cette affection ont un risque plus élevé de développer un
cancer primitif du foie
et plus rarement, un lymphome de type B de la zone marginale de la rate.
Vous trouverez des informations complémentaires sur les deux sites Internet suivants :
Hélicobacter pylori (HP)
Ce bacille à Gram-négatif, incurvé, est très fortement suspecté d'être à l'origine de lymphomes des formations lymphoïdes de l'estomac.
La prolifération dans la muqueuse gastrique de l'Hélicobacter pylori entraînerait une hyperstimulation antigénique des lymphocytes B de la muqueuse digestive. Cette hyperstimulation serait le point de départ des mutations à l’origine des lymphomes B du MALT. (Mucosa Associated Lymphoid Tissue) de la muqueuse digestive.
Des travaux scientifiques ont montré qu'un traitement antibactérien, associé à des médicaments diminuant la sécrétion gastrique, comme les inhibiteurs de la pompe à protons IPP (oméprazole, Lanzor/Ogast™, Inexium™, Pariet™, Inipomp™, etc.), pouvait apporter à une régression voire une guérison de ce type de lymphome B.
Campylobacter jejuni
Des travaux récents ont montré une association entre une infection chronique à Campylobacter pylori, germe impliqué dans certaines diarrhées infectieuses, dans les régions où l’infection est endémique. Cette infection est associée à une augmentation du risque de développer une forme particulière de lymphome de l’intestin grêle, le lymphome méditerranéen.
Le lymphome méditerranéen complique une maladie des chaînes alpha. C’est un lymphome primitif duodénal et jéjunal atteignant avec prédilection certaines populations défavorisées du pourtour méditerranéen. Il touche des sujets masculins jeunes. Le stade initial de cette affection maintenant appelée maladie immuno-proliférative de l'intestin grêle paraît être une réponse immunitaire cellulaire à une colonisation bactérienne chronique de la muqueuse intestinale par le Campylobacter pylori.
Elle s'accompagne d'une hypersécrétion d'IgA (incomplètes ou fragmentaires) et peut être guérie par l'antibiothérapie à ce stade. Avec le temps, le clone cellulaire initial se transforme en plasmocytes matures puis apparaissent des dystrophies cellulaires aboutissant après quelques années à une prolifération lymphomateuse immunoblastique.
Autres agents bactériens
D’autres agents pathogènes pourraient être impliqués dans le développement de lymphomes du MALT des muqueuses respiratoires ou lacrymales. A ce jour, les preuves scientifiques manquent pour confirmer cette hypothèse.
LES DÉFICITS IMMUNITAIRES ACQUIS
La majorité des déficits immunitaires, constitutionnels ou acquis, s'accompagne d'une élévation du risque de cancers et de lymphomes.
Le SIDA
Le risque de développer un lymphome est multiplié par 100. Il s’agit essentiellement des lymphomes de type B de haut grade.
Dans le SIDA, le virus d’Epstein-Barr joue un rôle important. Cependant, d'autres facteurs, comme l'activation polyclonale des lymphocytes B et le risque accru d'anomalies chromosomiques, seraient impliqués.
Depuis l’introduction des trithérapies, l’estimation de l’évolution de ce risque, donne des résultats contradictoires.
Les traitements immunosuppresseurs
Les malades ayant eu une transplantation d'organe ou de moelle osseuse ont une augmentation du risque, de développer un lymphome B, s’ils ont été traités par un médicament antirejet, comme la cyclosporine. Ce risque est aggravé en cas d’infection chronique par le virus d’Epstein-Barr (EBV) apportée par le donneur.
Cependant, selon les résultats d'une étude portant sur 7040 malades greffés et publiée par le
Journal of Clinical Oncology (2009 Jul 10 27(20):3354-62),
ce risque serait plus faible par rapport aux estimations antérieures.
La maladie de Hodgkin
La maladie de Hodgkin augmente le risque de développer, en parallèle, un lymphome. De plus, les traitements de cette maladie sont eux aussi un facteur de risque.
MALADIES DYSIMMUNITAIRES OU AUTO-IMMUNES
Comme pour les déficits immunitaires, les maladies auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde, constituent un facteur de risque de lymphomes. Les auto-anticorps sont des anticorps secrétés contre les propres cellules du patient. Ces auto-anticorps pourraient, comme les agents infectieux, entraîner une hyperstimulation des lymphocytes B et contribuer ainsi à l’apparition de mutation(s), aboutissant à une prolifération clonale.
Le syndrome de Sjögren
Ce syndrome tire son nom de l'ophtalmologiste suédois Henrik Sjögren (1899 - 1986) qui fut le premier à décrire, en 1943, cette maladie dans un article
Zur Kenntnis der Keratoconjunctivitis sicca
.
C'est une maladie chronique causée par l'insuffisance de production des secrétions de certaines glandes du corps. Le syndrome de Sjögren se produit lorsque le système immunitaire d'une personne attaque et détruit glandes productrices de secrétions, notamment les glandes salivaires et lacrymales, d’où le nom de « syndrome sec ». Les poumons, les intestins et les autres organes sont moins souvent affectés par le syndrome de Sjögren.
Dans ce syndrome, l'incidence des lymphomes B de grade intermédiaire est très augmentée.
La thyroïdite d'Hashimoto*
C'est une maladie bénigne, fréquente chez la femme, décrite pour la première fois au début du vingtième siècle.
Il s'agit d'une maladie auto-immune qui détruit la glande thyroïde et qui se traduit, le plus souvent, par une hypothyroïdie. Cette affection s’accompagne d’une prise de poids et autres symptômes comme l’asthénie, la constipation. Le diagnostic est facile, reposant sur le dosage de la TSH. Le traitement substitutif fera disparaître tous les symptômes y compris la prise de poids. Néanmoins, ces malades présentent un risque accru de lymphomes thyroïdiens.
Les autres maladies auto-immunes
L'existence d'une polyarthrite rhumatoïde, d'un lupus érythémateux disséminé et d'une maladie du collagène (connectivite) augmente le risque de lymphome, en particulier en cas de traitement par le méthotrexate.
[* Hashimoto Hakaru (橋本 策, May 5, 1881 – January 9, 1934), scientifique japonais qui décrit le premier la maladie (Zur Kenntnis der lymphomatösen Veränderung der Schilddrüse (Struma lymphomatosa) Archiv für klinische Chirurgie, Berlin 1912:97:219-248)]
LES TRAITEMENTS
La chimiothérapie et la radiothérapie sont associées à un risque accru de lymphome.
Le rôle d'autres médicaments comme l'hydantoïne (Dihydan™) est variable.
AUTRES FACTEURS
L'exposition, au caoutchouc, au chlorure de vinyle, aux pesticides, aux poussières de coton ou de bois, est associée à un risque plus élevé de lymphomes. Cela est aussi vrai pour l'exposition chronique aux teintures de cheveux.
13 août 2011