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GÉNÉRALITÉS
Le trophoblaste
Le trophoblaste correspond à la couche cellulaire continue formée de fibroblastes qui limite l'œuf, devenu blastocyste au 6
ème
jour après la fécondation. Le trophoblaste est à l'origine de la sécrétion d'une hormone spécifique de la grossesse, l'hormone Gonadotrophine Chorionique (hCG).
Le trophoblaste peut être biopsier, ce qui revient à prélever une petite partie du trophoblaste pour réaliser un test génétique pendant la grossesse.
Les maladies trophoblastiques gestationnelles
Ces tumeurs rares ont comme
point de départ le placenta, c'est-à-dire les membranes qui entourent
l’embryon pour le protéger et le nourrir et siègent dans l'utérus. Les maladies trophoblastiques regroupent
plusieurs entités :
Ces entités ont un dénominateur commun, une hypersécrétion d'une hormone spécifique de la grossesse, secrétée par le trophoblaste, l'hCG. Du fait de leurs origines et leurs caractères morphologiques, leurs traitements diffèrent.
DEUX TYPES DE TUMEURS
La môle hydatiforme (ou grossesse molaire)
Une môle n’est qu’une grossesse liée à une anomalie de la fécondation, la môle complète, diploïde et la môle partielle, triploïde sont d’origine paternelle. Une môle hydatiforme n’est PAS d'une tumeur trophoblastique gestationnelle.
C’est une tumeur bénigne, formée par la dégénérescence des villosités du placenta en villosités kystiques au début de la grossesse. Aucun embryon n'est visible et l'utérus est rempli de ces petites boules.
C’est une maladie est rare en France, un cas pour environ 3 000 accouchements soit 800 môles complètes par an et moins de 150 tumeurs trophoblastiques.
La môle invasive ou choriocarcinome
C’est une tumeur germinale avec différenciation trophoblastique. Elle peut débuter à partir d'une môle hydatiforme ou à partir de tissus qui restent dans l’utérus après un avortement ou un accouchement.
Son incidence estimée est d'une grossesse sur 40 000. Il s’agit, dans 50 % des cas, d’une môle dégénérée, qui fait suite à une fausse couche et dans 25 % des cas et à un accouchement normal dans 25 % des cas.
Non traitée, cette tumeur toucher l'utérus et s'étendre à d'autres parties du corps.
LES FACTEURS DE RISQUE
Les facteurs de risque reconnus sont les suivants :
LES CAUSES
Les causes exactes sont encore mal connues. Elles semblent dues à des anomalies dans la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde pour une raison indéterminée. Le placenta se développe alors de façon anormale.
LES DEUX TYPES DE MÔLES
La môle complète
Dans ce cas, il n’y a jamais d’embryon ou de fœtus identifiable. Le placenta forme des kystes multiples et prend un aspect en grappe de raisin.
La môle a une constitution chromosomique particulière. La mère donne uniquement le cytoplasme de son ovocyte et l’ADN mitochondrial, alors que le père apporte la totalité du noyau sous forme d’un spermatozoïde 23X qui se duplique (46XX) ou par un spermatozoïde diploïde ou encore par deux spermatozoïdes X et Y. De ce fait 80 % des môles sont homozygotes ( 46XX).
La môle partielle ou triploïdie
Elle est l'origine d'environ 20 % des avortements spontanés.
Le jeu supplémentaire de chromosomes est d’origine paternelle dans 85% des cas (fécondation de l’ovocyte par deux spermatozoïdes ou par un seul mais diploïde). La triploïdie d’origine maternelle (15% des cas) est le résultat de la fécondation d’un ovocyte diploïde. Un embryon peut généralement commencer à se développer sans pouvoir survivre et le placenta évolue de façon anormale. L’arrêt du développement peut se faire dans les premières semaines de la grossesse sous forme d’un oeuf clair ou beaucoup plus tardivement.
LES SIGNES CLINIQUES
Les signes habituels en cas de môle complète sont
LA SURVEILLANCE APRÈS L'ÉVACUATION DE LA MÔLE
Pourquoi ?
Après l’évacuation de la môle, du tissu môlaire peut rester dans l'utérus et peut alors proliférer et s’étendre. Ce risque justifie une simple surveillance par le dosage régulier d'un
marqueur tumoral
,
l’hormone chorionique de grossesse (hCG) après l’évacuation de la môle.
Chez 9 femmes sur 10...
Le test se négative complètement et définitivement sans aucun problème ultérieur. Cependant, une fois le test négativé, une surveillance mensuelle doit être instituée.
Chez environ 1 femme sur 10
Le test montre que la môle ne disparaît pas de façon spontanée ou réapparaît.
La maladie prend alors le nom de môle invasive ou de choriocarcinome.
Dans ce cas, une prise en charge spécialisée aboutit normalement à la guérison complète sans altération de la fertilité, au prix d’une chimiothérapie.
Pendant combien de temps ?
Ces dosages sont généralement réalisés pendant 6 à 12 mois.
Dans les môles complètes, la surveillance dure généralement 12 mois après négativation, tandis que dans les môles partielles cette surveillance dure 6 mois.
UNE NOUVELLE GROSSESSE...
Vous pouvez essayer de démarrer une grossesse, 6 mois après la négativation du test dans le cas d'une môle partielle et 12 mois en cas de môle complète.
Le risque de môle pour cette nouvelle grossesse est de moins de 1 %. De plus, il n’y a pas de risque augmenté d’enfant anormal chez les femmes ayant reçu une chimiothérapie.
DE QUOI S'AGIT-IL ?
Le choriocarcinome
est une tumeur épithéliale maligne dérivant des cellules trophoblastiques.
Le choriocarcinome est également une aberration chromosomique qui se traduit par la présence de chromatine Y dans les cellules tumorales.
SON ÉPIDÉMIOLOGIE
La fréquence du choriocarcinome est élevée en Asie, Afrique et Amérique latine, et rare en Amérique du Nord, Europe et Australie.
Elle peut se développer chez toutes les femmes en période d’activité génitale mais surtout au-delà de 40 ans.
Des cas de choriocarcinomes ont été rapportés après la ménopause.
C’est une tumeur maligne provenant du trophoblaste à tous stades du développement placentaire avant ou au début de l’implantation. Sa fréquence est de 1 pour 160 000 grossesses normales, 1 pour 15 000 avortements, 1 pour 5 000 GEU, 1 pour 40 grossesses molaires.
L’âge d’apparition se situe en moyenne à 27 ans (17 à 56 ans).
LES SIGNES ET SYMPTÔMES
Il n'est pas facile de détecter des signes et des symptômes, car ce
cancer ressemble au début à une grossesse normale. Vous devriez
consulter votre gynécologue rapidement si vous saignez par le vagin, si votre utérus grossit après un accouchement ou un avortement, si vous êtes enceinte et vous n'avez pas senti le bébé bouger ou si vous vomissez abondamment.
LE DIAGNOSTIC
Si on suspecte la présence de ce cancer, votre gynécologue pratiquera u
n examen gynécologique complet et vous prescrira des examens complémentaires.
Un bilan sanguin sera fait à la recherche d’une élévation du taux de
bêta-HCG, présente pendant la grossesse. Si vous n'êtes pas enceinte et
que le taux de cette hormone est élevé, c'est peut être signe d'une
tumeur trophoblastique...
Des examens d'imagerie médicale seront demandés dans le cadre du bilan initial et d'extension. Il s'agira, d'une échographie pelvienne endovaginale, d'une radiographie pulmonaire ou d'un scanner thoracique, d'un scanner abdominal et souvent un d'un scanner ou d'une IRM cérébrale.
LES FORMES DE LA MALADIE
Les formes fréquentes (95 % des cas)
La môle invasive a la même histologie que la môle mais des emboles à distance sont possibles.
Le choriocarcinome gestationnel est une tumeur épithéliale agressive qui donnent fréquemment des métastases, dont environ 65 % sont pulmonaires, 20 % vaginales et 15 % hépatiques ou cérébrales.
Plus rarement
Il s'agit alors de tumeurs trophoblastiques du site
d’implantation ou de tumeurs trophoblastiques épithélioïdes.
UNE RÉ-ASCENSION DU TAUX D'hGC
L'évacuation initiale complète d'une môle s'accompagne d'une normalisation des taux du
marqueur tumoral,
l
'hGC.
Une ré-ascension des taux d'hCG après évacuation d'une grossesse molaire doit faire suspecter le diagnostic de tumeur trophoblastique.
Chez une patiente ayant présenté une môle hydatiforme, le délai moyen de survenue d’une tumeur trophoblastique est de 6 mois bien que certaines tumeurs peuvent se développer tardivement, même dans les suites d’une nouvelle grossesse normale. C'est la raison pour laquelle, il est recommandé à toutes les patientes ayant présenté une môle, de faire un dosage de contrôle du taux d'hCG, trois mois après leur accouchement et de façon plus générale après l’issue de toute nouvelle grossesse.
LES CRITÈRES
Ils ont été précisés au congrès de la FIGO en 2000. Les critères d'évolution anormale sont les suivants :
Le diagnostic de tumeur trophoblastique est affirmé lorsque l'examen histologique de la tumeur affirme le diagnostic de choriocarcinome.
Après un accouchement normal, le diagnostic est plus difficile et se base sur les signes cliniques.
LES MÉTASTASES
La localisation tumorale la plus fréquente est la paroi de l’utérus.
La tumeur peut migrer à distance. Les sites métastatiques sont, par ordre décroissant, les poumons, dans 80 % des cas, dans moins de 30 % des cas, le vagin et le pelvis et plus rarement, le cerveau et le foie.
LE PRINCIPE
La classification de la
FIGO
(Fédération Internationale des Gynécologues et Obstétriciens) de 2000 définit quatre stades la maladie :
LE SCORE FIGO 2000 PRONOSTIC
Il
est souvent établi à partir des paramètres décrits dans le tableau
ci-dessous.
La tumeur est à bas risque si le score est égal ou inférieur à 6, avec présence ou non de métastases.
La tumeur est considérée à haut risque si le score est égal ou supérieur à 7, avec présence ou non de métastases
| Score pronostic FIGO 2000 | 0 | 1 | 2 | 4 |
|---|---|---|---|---|
| Age | < 40 ans | > 40 ans | ||
| Grossesse(s) antérieure(s) | Môle hydatiforme | Avortement spontané | Grossesse à terme | |
| Intervalle entre les grossesses | < 4 mois | 4 à 7 mois | 7 à 12 mois | Plus de 12 mois |
| Le taux d'hGC avant traitement (IU) | < 1000 | 1000 à 10 000 | 10 000 à 100 000 | Plus de 100 0000 |
| Taille de la tumeur, utérus compris | < 3 cm | 3 à 5 cm | Plus de 5 cm | |
| Métastases | Poumon | Rate, rein | Tube digestif | Cerveau, foie |
| Échec(s) de la chimiothérapie | 1 seul médicament | 2 ou plusieurs chimiothérapies |
LES OPTIONS
Le type de traitement choisi dépend de l'étendue du cancer, de votre âge et de votre état de santé général. Il fait appel à la chirurgie et à la chimiothérapie. Dans certains cas, la radiothérapie peut également être utilisée.
La chirurgie
La chirurgie n’a qu’une place limitée dans le traitement et ne concerne que les femmes de plus de 40 ans sans désir de grossesse. On peut alors vous proposer une
hystérectomie ce qui
ne dispense, en aucun cas, de la surveillance des hCG.
On peut avoir recours à la chirurgie pour les tumeurs chimiorésistantes en cas de métastases peu nombreuses.
La chimiothérapie
C'est le traitement de base et son
objectif est d’obtenir 100 % de rémissions complètes.
Pour les tumeurs de bas grade
La chimiothérapie fait appel au méthotrexate en monothérapie. La dose habituelle est de 1 mg/kg à J1, J3, J5, J7 en IM. Il est associé à l'acide folinique 10 mg par voie orale à J2, J4, J6, J8. Dans ce schéma, le J1 revient tous les 14 jours. Deux cures de consolidation seront faites après 1er dosage négatif d'hCG.
Ce traitement n'est pas associé à une alopécie mais la mucite fréquente et est prévenue par l’acide folinique. L'hématotoxicité est faible, ainsi que les toxicités rénale ou hépatique ainsi que les pneumopathies interstitielles.
L'actinomycine D peut être proposée en cas d’échec du méthotrexate, si les taux d'hCG sont faibles (< 1000 UI/l). Le médicament est prescrit à la dose de 0,5 mg dose totale à J1, J2, J3, J4 ,J5 suivi d'une cure de consolidation.
Sur le plan de la tolérance, le traitement est associé avec une tolérance moins bonne.
Dans les autres cas
Le protocole
EMA
/
CO
vous sera proposé :
La chimiothérapie est administrée jusqu’à négativation des hCG, suivie de deux cures de consolidation.
Sa toxicité hématologique est plus marquée et certaines équipes associent des facteurs de croissance médullaires. Les effets secondaires consistent en une alopécie, de la mucite, des neuropathie et une aménorrhée habituellement régressive.
LE SUIVI
Les dosages de
marqueurs tumoraux
: hCG et ß-hCG
Il est fait une fois par semaine pendant la chimiothérapie et pendant les 2 mois suivants, puis tous les 15 jours pendant 2 mois, puis tous les mois jusqu’à 6 mois en cas de pronostic favorable ou tous les mois jusqu’à 12 mois si le pronostic était défavorable.
Un bilan radiologique des sites métastatiques
Il sera réalisé 15 jours après normalisation des marqueurs biologiques.
LES GROSSESSES ULTÉRIEURES...
La contraception est obligatoire
pour toutes les patientes jusqu’à 12 mois après normalisation des hCG,
afin de ne pas confondre une nouvelle grossesse avec une récidive.
Aucune surveillance particulière n’est recommandée, hormis un dosage d’hCG trois mois après chaque accouchement.
Dans les cas où une grossesse survient après négativation des hCG mais avant la fin de la surveillance, la grossesse peut être poursuivie, mais une surveillance attentive doit être mise en œuvre afin de ne pas méconnaître une récidive.
LES RÉSULTATS
Le pronostic de la maladie a été précisé dans un article publié dans la revue scientifique
The Lancet
en 2009
.
Globalement, toutes malades confondues, le taux de survie sans récidive à 10 ans est de 70 % (intervalle de confiance 95 % de 54 à 82 %).
Pour les patientes de stade I, le taux de survie est de 90 % (de 77 à 100 %).
Pour les patientes dont la maladie est à un stade plus avancé (stades II, III, and IV), un traitement combiné de chirurgie et de chimiothérapie) permet d'obtenir une guérison dans la moitié des cas.
EN DEUX MOTS
Le bilan initial d’une tumeur trophoblastique comporte une IRM pelvienne et cérébrale, un scanner thoraco-abdominal avec radiographie pulmonaire en cas de métastases pulmonaires.
Ce bilan permet l’établissement du stade FIGO 2000 et le classement en haut risque ou bas risque.
Le plus souvent, les patientes classées à bas risque sont traitées par une mono-chimiothérapie à base de méthotrexate et les patientes à haut risque par une polychimiothérapie de type EMA-CO
LE CENTRE DE RÉFÉRENCE
Le centre de référence des
maladies trophoblastiques
peut aider à optimiser la prise en charge des patientes atteintes de ces pathologies rares.
De plus, l'enregistrement des cas par le centre permet de réunir des informations épidémiologiques non encore disponibles à ce jour en France.
CENTRE DE RÉFÉRENCE DES MALADIES TROPHOBLASTIQUES DE LYON
Centre Hospitalier Lyon Sud
Bâtiment 3 B - 2
ème
étage
165, chemin du Grand Revoyet 69495 Pierre Bénite CEDEX
Tel: 04.78.86.66.78
Site Internet : http://www.mole-chorio.com
16 février 2011